… portant les couleurs de la macronie »
Que pensez-vous de la nomination de Geneviève Darrieussecq députée MoDem des Landes, médecin allergologue de formation, nouvelle ministre de la Santé et de l’Accès aux soins ?
Arnaud Chiche Geneviève Darrieussecq est d’abord une politique, ce qui présente un avantage certain par rapport aux médecins de terrain tels que François Braun (ministre de la Santé de juillet 2022 à juillet 2023), qui sont souvent bloqués au moment des arbitrages.
Elle a été ministre déléguée chargée des Personnes handicapées mais le handicap a disparu des intitulés des ministères. Cela prouve bien que c’est un non-sens de faire dépendre le handicap et l’accès aux soins de l’alternance politique.
Pour ma part, je milite pour une dépolitisation totale de la gestion du système de soins. La succession des ministres ces dernières années n’a pas permis d’appréhender les sujets dans leur profondeur.
Seules des visions court-termistes ont été portées par les prédécesseurs de Geneviève Darrieussecq, Aurélien Rousseau et Frédéric Valletoux notamment. La seule réponse qu’ils ont donnée face à la pénurie de médecins est la « délégation de tâches ». Ce n’est pas à la hauteur des enjeux.
Geneviève Darrieussecq porte, elle, les couleurs de la macronie. Or, le programme de la macronie en santé, on le connaît : ne pas écouter les acteurs de terrain, fermer les yeux sur la désertification médicale, les fermetures de lits à l’hôpital, pousser le projet de loi sur la fin de vie…
Ce projet de loi ne représente-il pas une avancée à vos yeux ?
Je suis réanimateur et tous les arguments qui sont brandis pour le justifier ne correspondent pas aux situations que je constate sur le terrain. Avant de parler d’euthanasie, il faudrait que les soins palliatifs soient accessibles partout sur le territoire. Le sujet de la fin de vie n’a pas été abordé avec assez de calme. Et il y avait, selon moi, d’autres dossiers à traiter avant, comme la crise des urgences, dont deux services sur trois ont fermé cet été, ou les 10 millions de Français qui n’ont pas accès à un médecin traitant avec, pour conséquence, une explosion des maladies chroniques non stabilisées. C’est une question de priorité.
Quelles actions concrètes le ministère doit-il maintenant engager ?
Si l’on veut révolutionner le système de santé, une loi de programmation de santé sur cinq ans minimum est nécessaire. […] On ne forme toujours pas assez de médecins, alors que la population vieillit. […]
Il faut également mieux accompagner les étudiants en soins infirmiers, dont 30 % abandonnent en cours de route. Il est par ailleurs crucial de repenser la manière dont on travaille à l’hôpital. La proposition de loi du sénateur Bernard Jomier (groupe socialiste, écologiste et républicain), qui prévoit un ratio minimum de soignants par patient et qui a déjà été votée au Sénat, doit absolument passer à l’Assemblée. Si l’on règle ces deux aspects –démographie médicale et qualité de vie au travail à l’hôpital – par ricochet, l’ensemble du système devrait s’améliorer.
Propos recueillis par Bérénice Rocfort-Giovanni. Le Nouvel Obs. Source (lecture libre)