Comment relancer l’Europe ?

Maintenant que les élections sont passées, l’Europe va pouvoir s’attaquer à ses problèmes économiques.

Et ils sont tellement massifs que la prochaine Commission aura du mal à les surmonter.

Le premier casse-tête ? Les Vingt-Sept devront investir au moins 750 milliards d’euros pour financer les « 5D », comme les appelle Stéphane Giordano, président de l’Association française des Marchés financiers (Amafi) : la décarbonation, le digital en panne, la démographie en berne, la démondialisation et la défense à rebâtir. Le plus urgent est la lutte contre le réchauffement climatique qui nécessite 620 milliards d’euros si l’Union veut respecter son Pacte vert.

Le second casse-tête est lié au premier : l’Europe n’est plus assez riche pour se payer ces investissements, faute de croissance suffisante. Comment relancer la machine ? Ce sera la toile de fond de toutes les discussions entre les membres de l’Union et le nouveau Parlement.

Au fil des ans, l’écart de richesse n’a cessé de se creuser entre la zone euro et les États-Unis. De taille quasi comparable au siècle dernier, le PIB américain (23600 milliards d’euros) pèse aujourd’hui 50% de plus que celui de l’Union européenne (17 000 milliards d’euros).

Par habitant, le fossé est encore plus profond : 75 000 euros d’un côté, 41 000 de l’autre — quasi le double. Ce sont les États-Unis, et la Chine, qui dominent les nouvelles technologies, qui créent emplois et richesses, alors que l’Europe a baissé les bras et n’investit pas assez.

Cela entraîne un siphonnage de nos euros : placer son argent sur les marchés financiers américains rapporte plus et chaque année. Un tiers de l’épargne européenne sort ainsi du continent, selon l’Amafi, contribuant à renforcer encore les entreprises américaines. Comme si nous aidions quelqu’un de déjà plus riche que nous. En conséquence, les États-Unis ont les moyens de transformer leur industrie — l’État fédéral a lancé un vaste plan public, l’IRA (Inflation Reduction Act), qui va injecter près de 35o milliards d’euros sur dix ans dans les entreprises pour subventionner leur décarbonation et développer les énergies propres – quand les Européens peinent à réunir quelques milliards pour faire la même chose.

Deux hommes ont été chargés de proposer des solutions. Enrico Letta, ancien président du Conseil italien, a rendu son rapport en avril. Le second texte est attendu ce mois-ci par les technocrates avec autant d’impatience qu’une nouvelle saison de « la Chronique des Bridgerton » par les abonnés Netflix, car il est signé Mario Draghi, l’homme qui a sauvé l’euro quand il présidait la Banque centrale européenne, en envoyant valdinguer tous les protocoles qui corsetaient la monnaie commune.

Fera-t-il le même miracle avec l’économie du continent ? « Notre organisation, notre processus décisionnel et notre financement sont conçus pour le « monde d’hier » : avant le Covid, avant l’Ukraine, avant la conflagration au Moyen-Orient, avant le retour des rivalités entre grandes puissances. […] C’est pourquoi je propose un changement radical, car c’est ce qui est nécessaire », a-t-il prévenu dès le mois d’avril pour faire monter la pression.

I1 va sûrement préconiser plus d’union financière et moins de barrières économiques pour stimuler les échanges entre pays et faire grossir les entreprises. Cela voudra dire aussi que l’Europe cessera d’avantager le consommateur — en poussant à la concurrence maximale et aux prix bas — pour privilégier les marges des industriels et leurs capacités d’investissement. Et peut-être Draghi poussera-t-il aussi un des sujets favoris d’Emmanuel Macron : un budget européen renforcé, ou tout au moins des dettes communes (ce qui va tétaniser les Allemands et les Néerlandais), pour financer la grande transformation. « Eviter l’emballement climatique serait un investissement bien plus rentable que la chasse aux déficits publics », souligne l’économiste Patrick Artus. Mais toutes ces idées iconoclastes seront-elles acceptées par nos voisins ?


Claude Soula. Le Nouvel Obs. N° 3115. 13/06/2024


Une réflexion sur “Comment relancer l’Europe ?

  1. rblaplume 22/06/2024 / 6h32

    L’ Union Européenne va privilégier encore davantage l’intégration à la fois économique et politique. Le fédéralisme va être renforcé dans tous les domaines :militaire (prétextes l’Ukraine et l’OTAN), financier (l’Euro et l’endettement des Etats), politique avec l’abaissement du Parlement (les faibles moyens de contestations de l’hégémonie de la Commission européenne ne seront pas amplifiés), politique ( l’organigramme des lieux de pouvoirs à Bruxelles sera intéressant à consulter), la diplomatie  bruxelloise, sous tutelle américaine, va être promue.La « clochardisation » des Etats nations va se poursuivre notamment en France surtout si  le RN/FN arrive aux pouvoirs !Plaire à Bruxelles sera l’un des enjeux de leur crédibilité internationale !
    rblaplume

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