… métaphore sur les moments présents ou à venir…
Le voudraient qu’ils ne pourraient échapper à la nuit noire. Le bras tordant le bras, qu’ils ne pourraient se dégager, sortir de la chambre basse où ils demeurent pieds et poings liés. Sous la voûte de l’aqueduc, ils avaient couvert le mur de graffitis et jeté les fleurs, le bouquet ruisselant d’épines à la figure peinte. Le voudraient qu’ils ne pourraient clamer leur innocence, et malgré la couleur déchiquetée de la pierre, qu’ils sont plus doux, plus tranquilles que l’agneau. Et qu’il est vain de s’asseoir au bord du fleuve. Que plus rien ne brille.
Que l’or a déjà disparu. D’autres mains l’ont puisé qui l’ont enfoui dans le remblai. Et qu’ils n’avaient rien vu, rien entendu. Le voudraient qu’ils ne pourraient détacher leurs pieds du sol de faille et d’argile, un bleu gelé de faïence. Le voudraient qu’ils ne pourraient soulever la pierre. Le ciel reste vide d’étoiles et vide de ciel la nuit continue. Le voudraient qu’ils ne pourraient sécher leurs larmes, ramasser les débris de verre, et s’envolant, échapper au vacarme, à la pluie éternelle.
Voudraient parler que leur voix serait blanche comme étouffée par le mur. Voudraient donner la raison de leur geste que leurs mots seraient purs mensonges. Qu’ils reviendraient les frapper en plein visage comme la main invisible ou le gant de force. Voudraient consoler que leurs bras seraient de coton, qu’ils ne pourraient enlacer que la forme vide du tissu, la robe en lambeaux. Voudraient toucher que leurs doigts ne pourraient que griffer la soie en la colorant et la réduisant en poussière.
Voudraient dire la splendeur du pré, le bruissement et la hauteur des blés. Voudraient parler. Mais trop longtemps que l’herbe a tout recouvert, tout emporté. Trop longtemps qu’ils se sont tus. Il n’y a plus de vignes, plus de grange là-bas où s’abriter, plus de maison. Comme la terre filante, comme les étoiles, les hommes, on dirait qu’ils ont disparu. Et le pré, on dirait qu’il n’est plus visible.
Anita J. Lulla. Recueil: « Les anges ne sont pas des anges ». Ed. Atelier de l’Agneau.