… son programme pour rassurer les patrons
Au RN, le Père Noël prend ses distances. Où sont donc passées les faramineuses promesses formulées à l’occasion des législatives de 2022 ? Il y a deux ans, le libéral Institut Montaigne en évaluait le montant à plus de 120 milliards. Aujourd’hui, il dépasse péniblement quelques dizaines de milliards d’euros — selon les estimations des spécialistes budgétaires, s’entend, puisque le RN ne fournit aucun chiffrage de son programme. Opération transparence ?
Les promesses ont été renvoyées au « temps 2 des réformes », après 2026, donc, date à laquelle, a expliqué Jordan Bardella, on ne prendra les vraies décisions qu’« après un audit des finances publiques ». Ça fait long…
C’est que — stade ultime de la dédiabolisation — le RN vise aujourd’hui la crédibilité économique. Du coup, Le Pen et Bardella multiplient les rencontres avec les patrons. Et savent que, devant des gens habitués à compter, mieux vaut éviter de raconter n’importe quoi.
Le résultat est mitigé avec, quand-même, de bonnes surprises. Ainsi, le 5 avril, 140 dirigeants d’entreprise réunis par le mouvement Ethic — une organisation patronale libérale qui n’a pas ménagé ses efforts pour mettre en contact Marine Le Pen avec les entreprises ont désigné Jordan Bardella comme le candidat le plus convaincant en matière économique. Ethic et toc ?
Ce genre de sacre ne va pas, toutefois, sans quelques promesses sacrifiées. La retraite à 60 ans (ou 62, on ne sait plus) ? « Une fois réglées les urgences », assure Bardella. La nationalisation des autoroutes. (46 milliards) ? On verra plus tard. Quant aux moins de 30 ans qui espéraient être exonérés d’impôt sur le revenu (3,5 milliards), ils repasseront ! Même chose pour la baisse de la TVA sur les produits alimentaires (7 milliards) etc.
La faute à Bruxelles
Quant à l’exonération des cotisations sociales pour les augmentations de salaire d’au moins 10%, il n’en parle même plus dans son interview-programme au « Parisien » (18/6). Seule grande réforme encore annoncée avec certitude pour le lendemain du scrutin, l’instauration d’un taux de TVA réduit (5,5 %, au lieu de 20 %) sur les carburants, fioul, gaz et électricité.
Cette coquetterie coûterait 17 milliards, selon Bercy, mais elle n’est sans doute pas près de voir le jour : les taux de TVA sont une prérogative de Bruxelles, qui ne sera pas enthousiasmé par cette mesure de subvention aux énergies fossiles. Rappel: l’adoption du taux réduit de TVA à la restauration avait demandé sept ans de négociations européennes. Bardella pourra toujours accuser l’Europe de l’empêcher de gouverner.
En attendant, il y aura bien des déçus autour de l’arbre de Noël estival du RN !
Article signé des initiales H. M. le Canard enchaîné. 19/06/2024
Mise en garde dans cette période trouble : tous les articles « postés » — jusqu’au jour du 2ᵉ tour des législatives —, ne le sont-seront qu’au titre de l’information plurielle et n’engage pas l’administrateur du blog.
La sélection d’articles doit servir à éclairer, analyser les différences dans les programmes proposées par les partis se présentant. Ils devraient permettre de décanter, comprendre les affirmations de chacun engageant la France, pour les trois années prochaines. D’autre part, chacune-chacun à le devoir citoyen (dans cette ambiance délétère), de prendre position en allant voter, mais également d’inciter toutes personnes côtoyées de se rendre dans les isoloirs afin d’éviter l’abstention. Cette abstention qui à toujours « profiter » aux candidat-es, arrivé-es en tête. MC
C’était sur. Le NFP a un vrai programme de rupture, avec tout de même beaucoup de risques, dont la bancroute et la mise sous tutelle. Bardella ne veut pas courir de risque. Il pense les élections gagnées et se pose donc en politique responsable dans la continuité économique comme Meloni en Italie.
Si les électeurs le choisissent, bonne année à tous et toutes.