Leçons de choose

Choose France, on commence à le savoir, puisque nous en sommes à la 7ᵉ édition, c’est la chose de Macron.

C’est son rendez-vous annuel à Versailles, sous les dorures de la galerie des Glaces, qui lui permet un show très « business friendly », comme on dit dans la « start-up nation », pour se féliciter lui-même de sa politique en matière d’attractivité, de réindustrialisation et de ses « choix ». Lesquels sont surtout ceux des grands patrons étrangers qui ont fait celui d’installer des entreprises dans nos contrées.

Un choix qu’en dépit des invitations de la Macronie leur vantant les mérites, notamment fiscaux, du pays ne font encore que modérément la Chine, l’Inde ou les États-Unis. Même si ces derniers ont fait cette fois quelques efforts claironnés par l’Élysée dans les secteurs du numérique, de l’intelligence artificielle, de l’e-commerce, de la santé ou de la frite surgelée…

Ce qui, additionné aux investissements promis des quelque 180 présidents de groupes étrangers invités, permet à leur hôte présidentiel d’en rajouter dans l’auto-congratulation en annonçant, avec plus de 15 milliards d’euros estimés, une moisson « record » d’investissements assurée.

Il faudra certes recompter sur la durée. Mais, même si le vrai résultat sera sans doute, comme souvent, un peu moins pétaradant, il restera toujours mieux, évidemment, qu’un coup de pied au fondement.

Pour autant, si Macron en campagne compte utiliser à l’échelon des élections européennes ce « record » promptement repeint en succès « mondial » par l’Élysée, le succès du 9 juin reste toujours loin d’être assuré.

Macron a beau répéter qu’au bout du compte l’avance de Bardella finira forcément par se tasser, le candidat RN fait toujours la course très en tête, et Glucksmann, que l’écurie présidentielle s’efforce d’ignorer, continue à remonter, au détriment de la candidate macronienne Valérie Hayer. L’électeur semble nettement moins attiré que l’investisseur étranger.

Macron peut bien essayer de préconiser la stratégie qui lui a déjà réussi, celle de l’opposition binaire entre « progressistes » et « nationalistes », elle commence à avoir plus que trop servi et ne fonctionne pas pour rattraper les déçus du macronisme séduits par Glucksmann. Il a beau pester auprès de ses troupes et du gouvernement, Premier ministre compris, contre l’« esprit de défaite » ladite défaite semble toujours programmée.

Pour réduire l’ampleur de ce fiasco annoncé, à défaut de le conjurer, tout est bon pour Macron. Même, après avoir poussé Attal à un débat télévisé avec Bardella, d’envisager pour lui-même un duel avec Le Pen.

L’intéressée, tout en martelant qu’elle n’est plus du tout traumatisée par celui de 2017, qui fut rude pour elle, s’est empressée d’accepter, mais seulement après les européennes, limitant du même coup les risques et l’intérêt d’une pareille confrontation.

Et dans le même temps le RN a repoussé, après les européennes aussi et même sine die, la parution de son programme économique. Pas question de faire courir des risques inconsidérés à Bardella sur le sujet dans un débat.

Il faudra donc au président du « pays d’Europe le plus attractif » trouver mieux pour tenter au moins de limiter les dégâts le 9 juin. Là, en matière d’attractivité, la Macronie aura peu de chances de pouvoir pavoiser. Elle sait déjà que malgré Choose France, pour cette élection, ce ne sera pas Choose Macron !


Éditorial du 15 mai 2024 d’Erik Emptaz. Le Canard Enchaîné – Dessin de Kiro


Une réflexion sur “Leçons de choose

  1. bernarddominik 16/05/2024 / 16h57

    C’est 15 milliards dont certains sur 5 ans. C’est plus de 400 milliards qu’il faudrait pour reindustrialiser la France. Une goutte d’eau. Macron se gargarise d’un investissement étranger supérieur à celui de l’Allemagne, mais la force de l’Allemagne c’est de consacrer plus de ressources internes à ses investissements et de n’être pas à quelques milliards près, ce qui lui assure une meilleure indépendance. Elle peut le faire car elle maîtrise son budget et que ses entreprises mettent plus de fonds dans l’investissement qu’aux dividendes. En France la taxation des bénéfices devrait être inversement proportionnelle aux investissements productifs (à ne pas confondre avec investissements spéculatifs). Mais visiblement l’économiste Macron à séché les cours d’économie à la fac.

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