Depuis le début de l’année, un virus d’un genre nouveau cloue les hélicoptères du Samu au sol.
Un mois pour celui de Saint-Brieuc, dix jours pour celui de Rennes, une semaine pour celui de Nice…
Diagnostic ? Pannes à rallonge et absence d’appareils de substitution en nombre suffisant. Combien de décès à cause de ces dysfonctionnements ?
Ces « machines », comme les appellent les urgentistes, se font porter pâles alors que, plusieurs fois par jour, elles sont censées transporter des patients au pronostic vital engagé.
Résultat : une perte de chances pour les polytraumatisés (accidentés de la route, notamment), les noyés, les nourrissons ou les patients en urgence neurovasculaire — tous ceux pour qui la survie est une question de minutes.
Contrats en l’air
Très fâchés contre ces immobilisations à répétition de leurs engins, les patrons du Samu dénoncent le marché « low cost » de la location d’appareils, du « bricolage avec, au final, des patients qui trinquent quand nous ne pouvons pas les évacuer par les airs ».
Les hélicos, des Airbus de type 135 ou 145, n’appartiennent pas aux hôpitaux, mais à trois entreprises privées qui se partagent le marché de la location : le britannique Babcock et deux boîtes françaises, SAF et Chamonix Mont-Blanc. Si, il y a encore quelques années, chaque hôpital négociait de son côté, des appels d’offres régionaux sont aujourd’hui lancés par les agences régionales de santé (ARS).
Le british a remporté la plus grosse part du gâteau, avec 27 hélicos loués pour 21 bases : trois en Bretagne et dans les Pays de la Loire, et cinq en région Centre-Val de Loire, en Nouvelle-Aquitaine et en Paca.
Depuis 2022, les contrats signés par l’État avec Babcock — d’une durée de huit à treize ans obligent le fournisseur à mettre à disposition un hélico 7 jours sur 7, 24 heures sur 24, contre la modique somme de 1,8 million d’euros TTC par an au minimum, revalorisée chaque année de 2 %. La santé n’a pas de prix, mais elle coûte cher !
Chantages à la facture
Quand une machine tombe en panne ou part en entretien, elle doit être remplacée dans les douze heures sous peine de pénalités de 300 euros hors taxes à partir de la 13ᵉ heure, sans mise en demeure préalable. Pour l’hélico de Rennes et ses immobilisations répétées au cours de ces dernières semaines, par exemple, l’ardoise s’élève déjà à plus de 70 000 euros !
Las ! les pénalités ne suffisent pas à convaincre Babcock de fournir les appareils de remplacement prévus en cas de panne. Pire, même si elle a dû verser plusieurs centaines de milliers d’euros de pénalités à l’Etat, l’entreprise britannique s’est surtout employée à convaincre le ministère de la Santé de rajouter au pot bien au-delà de la revalorisation normale.
En avril 2023, la filiale française de l’entreprise britannique lui a ainsi écrit pour l’avertir qu’elle ne disposait pas d’une « trésorerie suffisante » pour maintenir ses activités. Et de réclamer, pour les poursuivre, la signature d’un avenant concernant l’indemnité carburant pour la Bretagne incluant un surcoût de… 366 000 euros.
Un brin comminatoire, le responsable de l’exploitation aérienne ajoutait même : « La situation actuelle, faute d’accord à appliquer les tarifs 2023, induit une charge financière d’environ 700 000 euros par mois sur l’ensemble de nos contrats. Vous comprendrez qu’une (…) telle situation n’est plus soutenable et que nous anticipons des conséquences directes sur notre capacité à délivrer les prestations HéliSmur. Nous regrettons d’arriver à cet extrême, alors même que nous avons soulevé à plusieurs reprises les risques induits par ces dégradations qui empirent. » Autrement dit : pas de rallonge, plus d’hélicos !
Après des mois de négociations, le ministère de la Santé a accepté de verser 13,5 millions d’euros supplémentaires à Babcock en 2023 afin d’éviter la catastrophe, ainsi qu’une revalorisation prenant en compte l’évolution du coût de la vie et des charges sociales. Pour ses trois hôpitaux de Bretagne, l’ARS a dû sortir 366 000 euros supplémentaires de sa poche, au prétexte de l’augmentation du cours du pétrole en 2022.
Pas de bol pour les malades et les finances publiques, l’inflation alourdit considérablement la facture des transports héliportés. Le kérosène, notamment, coûte 40 % plus cher qu’avant le Covid. Et les matières premières nécessaires à la fabrication des pièces détachées pour les hélicos ont flambé elles aussi. Le surcoût ne peut justifier le non-remplacement prévu des appareils en panne, avec les conséquences dramatiques que cela occasionne pour des centaines de victimes. Faudra-t-il poursuivre les loueurs et l’État pour non-assistance à personne en danger ?
Louise Colvert. Le Canard enchaîné. 17/04/2024
Triste réalité
Cela concerne aussi les véhicules SMUR hélas ! Il ya quelques mois, un copain urgentiste bien connu, syndicaliste par ailleurs, était de garde dans son établissement hospitalier : urgence : « il faut décarrer ! on y va ! » oui, mais le véhicule disponible tombe en panne, sa révision était prévue, pas de bol ! A quand un nouveau véhicule ?
Combien de bébés naissent dans les voitures des pères, les fourgons des pompiers ?
Combien de personnes attendent pendant des heures aux urgences, sur un brancard avant d’être examinées et de pouvoir satisfaire leur envie de pipi?
Ma petite fille victime l’an dernier d’une chute sur une plaque de verglas, vers 8 heures, ne pouvant se relever en raison d’une fracture jambe droite, a été secourue par des policiers qui passaient et ont appelé les pompiers, pour l’emmener aux urgences du Centre Hospitalier Universitaire Béclère de Clamart saturées…
Heureusement, une copine infirmière qui terminait sa garde de 24 heures sortait a entendu son nom, lui a demandé de se signaler en levant le bras, chose faite : elle a remis sa blouse, a discuté avec le patron urgentiste débordé, qui lui a demandé d’agir : radios effectuées, attelle mise en place, recherche d’un brancard, d’une couverture et d’un urinal disponibles.., permettant aussi aux pompiers de récupérer leur chariot.
La maman alertée avait quitté son boulot et était arrivée vers midi, a attendu le médecin passé vers 15 heures : il a expliqué ne pouvoir intervenir dans l’immédiat, et a conseillé de rentrer à la maison, et de revenir le lendemain vers 7 heures, intervention programmée à 8 heures.
Alexandra en congé, était revenue, a assisté à l’intervention sous péridurale, lui a trouvé un lit dans une chambre de 2 lits en maternité, et un paravent, pour isoler, une autre personne qui toussait beaucoup étant arrivée : 2 jours plus tard, le service informait Ma petite fille et sa maman, que sa voisine était séropositive au Covid.. qu’elles devaient se tester : elles l’avaient fait et étaient heureusement vaccinées, de plus j’avais donné l’habitude d’avoir toujours un sachet avec 3 ou 4 masques neufs dans le sac ou la sacoche..
Merci encore Alex !