Quelque 65 km de lignes électriques aériennes de 400 000 volts traversant des terres agricoles, posées sur 150 pylônes, avec le risque d’empiéter sur des réserves naturelles et des zones humides. Le tout à la lisière de deux parcs naturels régionaux (Camargue et Alpilles). Ce projet à 300 millions d’euros, qui doit aboutir en 2028, n’en est qu’à la « phase de concertation » (depuis un mois), mais il monte déjà en tensions politiques, paysannes et écologiques !
RTE, le gestionnaire national du réseau de transport d’électricité, qui est à la manœuvre, indique que la future ligne entre Fos-sur-Mer (Bouches-du-Rhône) et Jonquières-Saint-Vincent Gard « vise à offrir à la fois les moyens de décarboner la zone industrielle de Fos et de sécuriser l’alimentation électrique de l’ensemble de la région (Paca) ».
Sauf que l’idée suscite la colère de nombreux riverains, de professionnels et d’une majorité d’élus. Dont le maire (Horizons) d’Arles, Patrick de Carolis, et ses collègues de la communauté d’agglomération Arles Crau Camargue Montagnette.
Les huit projets de tracés « à l’air libre » proposés par RTE électrisent aussi les amis de la nature. « Soit la ligne longe directement les réserves nationales des Coussouls de Crau et des Marais du Vigueirat, soit elle longe le parc naturel régional de Camargue. Dans tous les cas, un corridor écologique bien connu, par lequel passent les oiseaux pour migrer, sera barré », dénonce Jean-Luc Moya, administrateur de l’association Nature et Citoyenneté Crau Camargue Alpilles. Quant à enterrer la ligne, cela s’annonce ruineux et sans pitié pour les terres agricoles.
Dans l’hypothèse d’un « fuseau ouest », des zones de compensation, créées en vertu de la loi pour la reconquête de la biodiversité, de la nature et des paysages, seraient touchées à leur tour. « Ces terres ont été aménagées pour remplacer les habitats d’espèces protégées anéantis il y a une dizaine d’années par la construction d’une ligne TGV. Ça fonctionne, et on menace de les détruire à leur tour », assure au « Canard », cadastre à l’appui, l’ornithologue Cyrille Sabran.
Faudra-t-il envisager une zone de compensation pour compenser la destruction de la zone de compensation ? Même pour un projet électrique, ce n’est pas courant…
Louis Colvert. Le Canard enchaîné. 27/03/2024
Nous sommes vraiment les Champions…