« Toutes les trois semaines, nous avons un car de personnes sans domicile fixe, de migrants en situation irrégulière, qui vient de Paris », s’alarme Serge Grouard, le maire d’Orléans, lors d’un point presse [semaine 12 de mars 2024 – MC]
L’édile, qui a rendu sa carte des Républicains l’an passé, car le parti « n’a plus aucune ligne politique et pas davantage de projet pour notre pays », fait mine de découvrir la lune.
Mais peut-il vraiment ignorer que, depuis un an, selon une circulaire du gouvernement révélée par Le Monde, des « sas » d’hébergement temporaire pour les migrants ont été créés dans 10 Régions, dont le Centre-Val de Loire, pour désengorger l’Île-de-France
Peu importent les faits, tout ce qui compte, c’est l’émotion. Il faut faire peur à la ménagère puis la rassurer, car Serge Grouard veille au grain. S’improvisant enquêteur, le maire explique avoir été alerté par des rumeurs qui couraient en ville.
« Ce que l’on sait, c’est que ces sans-abris sont pour la plupart des migrants, qu’ils sont pris en charge par une association conventionnée par l’État pendant une période assez courte, d’environ trois semaines. Comme les structures d’hébergement d’urgence sont saturées à Orléans, ils sont le plus souvent dirigés dans des hôtels », raconte-t-il.
C’en est trop, il faut réagir, « Orléans n’a pas vocation à accueillir la colline du crack », s’essaye même l’ancien député. Pourtant, depuis dix mois, 519 personnes ont été prises en charge dans le cadre de ces sas dans la Région Centre-Val de Loire, « sans difficulté particulière ni médiatisation », tempèrent nos confrères de La République du Centre. «146 ont été orientées vers le dispositif national d’accueil pour demandeur d’asile, 335 dans l’hébergement d’urgence, leur situation au regard du droit au séjour étant en cours d’examen, et les autres ont quitté volontairement le territoire », détaille la préfecture du Loiret.
Comment expliquer alors la sortie tonitruante de Serge Grouard ? « Je crois que Monsieur le Maire vient de lancer sa campagne pour les municipales », s’amuse un bénévole associatif orléanais contacté par Charlie. Depuis le terrain, Laure-Marie Sokeng-Minière, la présidente de l’antenne de la Croix-Rouge du Loiret, ne constate pas que le nombre de sans-abri a vraiment augmenté.
« Il faut expliquer que les bus n’emmènent pas à Orléans des « grands précaires », des grands SDF, ce sont des personnes d’origine étrangère en procédure de demande d’asile », rappelle-t-elle. Avant d’ajouter, taquine : « Pour ce qui est des sans-abris, on a toujours eu des arrivées régulières, car on est à une heure de Paris-Austerlitz et que, manque de chance, on est plus attractif que Vierzon. »
Du côté de La Maraude du colibri, un collectif citoyen orléanais, on ne s’étonne pas réellement de la dernière frasque en date du maire. « Il y a une politique de la ville, notamment menée par son adjoint depuis des années, qui vise à chasser tous les SDF », affirme une des adhérentes.
Elle raconte notamment l’expulsion, en 2021, de sans domicile fixe installés au niveau de la gare routière, sous un des centres commerciaux de la ville. Quelques mois plus tard, après le coup de balai, une statue en ferraille de Jeanne d’Arc, baptisée La Reconquête, a remplacé les mendiants. En voilà un beau projet pour notre pays.
Yovan Simovic Charlie Hebdo 03/04/2024
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Pas de soucis de logement pour Monsieur B…