Trop fort, ce Poutine.

Ses services de sécurité, qui n’ont pas leur pareil pour débusquer le moindre opposant, se sont montrés incapables de prévenir l’attentat au Crocus City Hall, qui a fait 137 morts, mais lui a déjà trouvé les coupables.

C’était facile, a priori, puisqu’ils se sont dénoncés eux-mêmes : l’État islamique du Khorasan a aussitôt revendiqué la tuerie.

Trop facile pour Poutine, à qui on ne la fait pas.

Lui a tout de suite deviné qui se cachait derrière cet acte monstrueux : les nazis ukrainiens, bien sûr.

D’ailleurs, quel autre ennemi connaît-on à la Russie ?

Depuis qu’il a « buté les Tchétchènes jusque dans les chiottes », selon les délicats propos qui avaient inauguré sa longue mandature, le terrorisme islamiste, c’est bien connu, ne menace plus la Sainte Russie.

Poutine devrait pourtant méditer un exemple que les médias n’ont guère relevé depuis cinq jours.

Le 11 mars 2004, plusieurs bombes explosent à une heure de pointe dans la gare d’Atocha et dans plusieurs autres gares de Madrid. On déplore près de 200 morts et plus de 1900 blessés. Aussitôt, le gouvernement conservateur de José Maria Aznar dénonce la main de l’ETA, le mouvement séparatiste basque, effectivement coutumier des attentats, mais jamais à un tel niveau.

Nous sommes à quatre jours d’élections législatives qui s’annoncent serrées, et désigner l’ETA arrange le gouvernement, qui a pris fait et cause l’année précédente en faveur de l’intervention américaine en Irak.

Deux jours plus tard, il s’avère que l’attentat a été commis par Al-Qaida. Aznar est accusé d’avoir délibérément mis les journaux sur la piste basque, par crainte d’avoir à répondre des conséquences de son engagement pro-Bush en Irak. Et il perd les élections du 15 mars, où il partait pourtant favori. Le socialiste Zapatero lui succède.

Certes, cela se passait dans l’une de ces démocraties décadentes qu’exècre Poutine. Qui, lui, a eu la chance d’être brillamment réélu juste avant l’attentat. N’empêche que le despote russe a commencé de rectifier le tir : aux dernières nouvelles, il s’agissait bien d’islamistes venus d’Asie centrale, mais qui se sont enfuis vers l’Ukraine. Allez, encore un effort, Vladimir !


Article signé des initiales B. D. Le Canard enchaîné. 27/03/2024


2 réflexions sur “Trop fort, ce Poutine.

  1. bernarddominik 04/04/2024 / 20h11

    Poutine à compris que sa crédibilité était en cause.

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