Diagnostic énergétique : ça chauffe !

La lutte contre les passoires thermiques s’appuie sur une notation des logements des plus fantaisistes.

Les Diagnostics de Performance Energétique (DPE), censés permettre de traquer les passoires thermiques, font un four !

Cela faisait des années que les professionnels du bâtiment et de l’immobilier ainsi que des organisations de consommateurs et de propriétaires soulignaient que les données fournies s’avéraient des plus fantaisistes. Chiffres à l’appui, une récente étude du Centre d’analyse économique (CAE), un organisme dépendant de Matignon, le démontre. Le CAE a comparé la diminution des dépenses d’énergie d’un échantillon de 180 000 ménages ayant effectué des travaux d’isolation avec ce qu’elle aurait dû théoriquement être, à en croire les savants calculs du DPE. Et l’écart est abyssal !

Ainsi, pour les pires logements — ceux classés G —, la dépense d’énergie n’est pas six fois supérieure à celle des logements les plus économes (A), mais moins de deux fois plus importante ! De quoi remettre sévèrement en question une réglementation qui a classé comme passoire thermique (G ou F) une résidence principale sur six (cinq sur 30 millions) —, créant des logements indignes. Lesquels deviendront respectivement inlouables à partir de 2025 et de 2028, à moins d’y procéder à des travaux estimés à 800 euros le mètre carré, en moyenne. Une grande partie de ces biens devrait être retirée du marché locatif, aggravant encore la crise du secteur, déjà en mauvaise forme.

Tentation isolationniste

Pour expliquer pourquoi «la prédiction de consommation énergétique indiquée par le DPE peut différer de la consom­mation réelle des ménages », le CAE avance trois séries de raisons. La première est liée à la méthode de calcul du diagnostic. Celui-ci note les logements d’autant plus sévèrement qu’ils sont petits, c’est-à-dire, généralement, occupés par les ménages les moins favorisés.

Autre problème : le coefficient de conversion, qui compare les émissions de CO2, des diverses énergies entre elles. Le kilowattheure électrique — provenant, en France, à plus de 90 % d’énergies propres — est, paradoxalement, considéré comme émettant 2,3 fois plus de CO2, que le gaz ou le fioul. A consommation d’énergie égale, le logement chauffé à l’électricité, peu polluante, aura ainsi une notation au moins deux fois plus mauvaise que celui chauffé au fioul, pourtant très polluant. Au fou !

Deuxième source d’erreur ? L’« incohérence des diagnostics pour un même logement, lequel peut se voir attribuer différentes classes énergétiques allant de B (très bon) à E (passoire en 2028) selon le diagnostiqueur ». Ça inspire confiance !

Mais la raison des défauts de prédiction du DPE serait surtout d’ordre psychologique et résiderait dans le « rebond de la consommation après une rénovation énergétique ». Les occupants d’un logement se saignant aux quatre veines pour l’isoler correctement n’auraient ensuite rien de plus pressé que d’augmenter le chauffage pour dépenser une grande partie de l’économie réalisée sur leurs factures. Cet « effet rebond », note toutefois le CAE, s’appuie sur des enquêtes anciennes et «  n’est pas directement observable dans les données de consommation énergétique ». Ouf !

Autant de facteurs susceptibles de remettre en question le DPE tel qu’il existe aujourd’hui ? À Bercy, qui cogère la question avec le ministère de la Transition écologique et celui du Logement — pour qui le DPE est une vache sacrée —, on marche sur des œufs. « Des discussions interministérielles sont en cours sur plusieurs questions, notamment le désavantage des petites surfaces et le coefficient de conversion, explique une conseillère de Bruno Le Maire. Quant à l’effet rebond, il faut accompagner l’isolation des logements en poussant les gens à installer des thermostats chez eux. »

Installer des thermostats pour contrôler la température des logements : bon sang, mais c’est bien sûr !


Hervé Martin. Le Canard enchaîné. 17/01/2024


Une réflexion sur “Diagnostic énergétique : ça chauffe !

  1. bernarddominik 21/01/2024 / 22h40

    Suivant où vous mettez le capteur le thermostat réagira très différemment pour une même température, s’il est près du sol, il montera le chauffage, s’il est près du plafond, il fera l’inverse, s’il est contre un mur la mesure sera encore différente.

Identifier vos commentaires ; sinon c'est direction poubelle.