Remplacer les trains de marchandises par des semi-remorques, ce n’est pas réellement un progrès pour la planète…
Mais, la tendance est de plus en plus tenace. Depuis la dernière récolte, en juillet 2022, la coopérative céréalière Axéréal, implantée en région Centre – 11 000 agriculteurs -, a comptabilisé 129 annulations de trains, soit 9 % des convois que la coopérative devait faire circuler !
Les raisons ?
Manque de personnel ou de matériel, travaux qui s’éternisent…
En remplacement, elle a dû affréter 5 800 camions sur les routes. Duraille, le bilan carbone…
Du blé, pourtant, la coopérative en débourse par poignées, ces dernières années, pour essayer de rénover les tronçons qui relient ses silos à grains au réseau principal, en coopération avec les régions et SNCF Réseau. Qui affirme de son côté avoir doublé ses investissements destinés au fret de 2020 à 2022, 140 millions d’euros par an.
SNCF pas très en train
Hélas, c’est bien pâle pour effacer des décennies de sous-investissement. Un quart des voies « capillaires », qui relient les trains de marchandises au réseau, ont été abandonnées aux mauvaises herbes en cinq ans, soit 822 km. Après quarante ans de décrépitude, le ferroviaire a tout de même péniblement regagné 1 point sur le routier, de 2020 à 2022, avec 10,7 % des marchandises transportées par rail. Mais, sur cinq ans, la part de marché stagne. Et reste inférieure de 7 points à la moyenne européenne.
Investissements titanesques
L’opérateur national n’est pas près de sortir du marasme. Entre 2006, date de l’ouverture du fret à la concurrence, et aujourd’hui, Fret SNCF a réduit ses effectifs de 15 000 agents à… 5 400. « C’est la croix et la bannière pour trouver un conducteur, un agent au sol et une machine qui fonctionne », râle David Lasnier, secrétaire général CGT-Cheminots de Vierzon.
La filiale de l’entreprise publique risque désormais une sanction de la Commission européenne pour des aides « illégales » d’État (5,3 milliards d’euros de reprise de sa dette en 2019). Pour la peine, Fret SNCF pourrait bien devoir céder gracieusement de nouvelles parts de marché à ses concurrents. Le privé a déjà grignoté 37 % du transport sur rail.
Le 24 février, Elisabeth Borne a lancé un plan à 100 milliards d’euros pour le train d’ici à 2040. Fantastique !
Néanmoins, dans cette enveloppe, rien n’est pour l’heure fléché vers le fret. Même Jean-Pierre Farandou, le patron de la SNCF, qui n’a que l’expression « zéro carbone en 2050 » à la bouche, ne s’est pas aventuré à évoquer les investissements nécessaires pour remettre le réseau à niveau.
Dans un rapport publié en mars 2022, le Sénat estimait qu’il faudrait débloquer 2 milliards par an de 2025 à 2030. L’Alliance 4F, qui réunit les professionnels du secteur, évalue les besoins à 3,5 milliards annuels ! Il est vrai qu’il convient de financer des travaux titanesques : ponts, tunnels, viaducs, mise à niveau de la signalisation. Un sacré chantier, pour tous ceux que la loco motive.
Article signé des initiales J. C. Le Canard enchaîné. 12/04/2023
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https://youtu.be/uon_hh76dJA