Anti Macron, une solution proposée…

… obliger le CAC40 à débrancher Macron

Avant lecture : les propos tenus ci-dessous n’engagent que son auteur. Dominique G Boullier Professeur des universités en sociologie Sciences Po Paris. Source (Extraits)


Ne visons plus Macron, mais ceux qui tirent les fils de la marionnette qui se prend pour un roi : les entreprises du CAC40 et les investisseurs de la finance.

La question « et maintenant ? » se pose à tous et l’analyse réaliste du monde qui est le nôtre doit guider les propositions et non les seules références historiques du mouvement ouvrier, souvent inadaptées au capitalisme financier contemporain. Car on le voit bien, ni action parlementaire ni mouvement de grèves dans les entreprises (et le service public) ni manifestations massives n’ont suffi.

[…]

Ce capitalisme financier qui veut l’écrasement des avantages acquis par le mouvement ouvrier se débrouille pour faire disparaitre le salariat (intermittence, autoentrepreneuriat, actionnariat), les protections sociales (conditionnalité et surveillance des allocations diverses, guerre aux chômeurs, sabotage des retraites par répartition) et les soutiens idéologiques de cette tradition historique (emprise sur les médias, disqualification des corps intermédiaires, mépris des syndicats).

Tout cela de façon encore plus exacerbée en France, non seulement grâce aux leviers autoritaristes de la Vème République mais aussi parce que notre économie est plus financiarisée qu’ailleurs. […]

1/ L’adversaire n’est ni Macron ni « les patrons » mais la finance, en gros le CAC 40 et ses firmes qui pompent toutes les richesses (qui existent bien et n’ont fait que croitre) -et aussi les investisseurs qui parient sur les valeurs françaises-. La liste varie régulièrement et certaines firmes en sortent délibérément ou n’y sont jamais entrées, donc il faut viser large. Macron l’a bien dit : « je ne peux pas la retirer, je me dois d’envoyer un signe aux marchés ». […]

2/ Ce qui fait peur à ces adversaires financiers, ce ne sont pas les manifestations, ce ne sont pas les grèves, ce sont un peu les blocages certes, mais surtout les effets de réputation financière sur leurs propres firmes. Car c’est le point aveugle de toutes nos réflexions stratégiques. Le premier niveau d’action doit être purement technique pour paralyser le système financier. Pour que le système financier fonctionne, il faut que les flux d’informations fonctionnent : toute action de sabotage élémentaire comme coupure d’électricité, coupures de réseaux de télécommunications et hackings de divers types pour faire tomber des serveurs est une menace sérieuse. Seuls quelques groupes sociaux clés peuvent mener ces actions et il faut lancer des appels en leur direction et coordonner leurs actions.

3/ L’autre dimension clé de l’activité financière, c’est la réputation, moteur de la spéculation qui fonctionne aux anticipations des attentes des autres participants au marché financier. Les algorithmes passent leur temps à monitorer les moindres signaux et traces qui font indice de dispositions à acheter/ vendre, de liquidités disponibles. Toutes choses qui sont éminemment sensibles à des signaux très faibles mais repondérées (le supposé équilibre des marchés) pour afficher un semblant de stratégie justifiable dans les reportings divers (qui est en fait une fiction). Les entreprises du CAC40 comme les start-ups et un nombre toujours plus grand des entreprises vivent sous la coupe des directeurs financiers et de leur appréciation des mouvements spéculatifs du marché. […]

3/ Les actions qui peuvent engendrer cet effondrement réputationnel sont alors innombrables. L’action chez Vuitton en est un bon exemple. Pas de violence (car le mouvement joue lui aussi sur sa réputation), du grand spectacle ( car tout est réputation, donc visibilité maximum à assurer), effet de peur garantie chez les clients mais aussi et surtout pour la firme (peur du discrédit avant tout, à l’international même), étiquetage martelé sur les superprofits de LVMH/ Bernard Arnault ( dans la lignée de ce que fait Ruffin depuis longtemps), désignation d’un ennemi précis facile à reconnaitre (les vampires du CAC40, des fonds spéculatifs et leurs superprofits) et prémisses d’actions de blocages (approvisionnements) et de boycott (par les consommateurs car image de honte associée aux produits LVMH, analogue à l’effet de disqualification de l’avion qui commence à fonctionner). […]

4/ Ces actions doivent être imprévisibles car cela crée une diffusion radicale de l’insécurité mais attention, pour les seules entreprises du CAC40 et les fonds d’investissement, ce qui change totalement la donne : lorsque tous les magasins Vuitton, les stations Total ou les agences BNP Paribas devront être protégées en permanence par la police, le coup à l’image sera radical. Ces actions doivent être rapides et hypermédiatisées, ce que des collectifs écologistes savent très bien faire (de Greenpeace à Extinction Rebellion mais aussi Attac). Nous passons de l’action par le nombre à l’action par le scandale (selon la grille d’Offerlé pour les répertoires d’action des mouvements sociaux). […] Macron lui-même n’est pas une bonne cible directement, car même si sa réputation est totalement détruite, ce qui est le cas désormais, il dispose des leviers légaux pour continuer sa politique […]  

5/ Le pilotage de ces actions est paradoxal. Il ne peut être affiché comme stratégie globale et unifiée car c’est sa versatilité qui le rend producteur d’incertitude (source essentielle du pouvoir, rappelons-le). Ce doit être l’occasion de renouer avec des formes d’action décentralisées, collectives que les Gilets Jaunes ont cherché à mettre en place mais cette fois sans avoir à occuper quoi que ce soit dans la durée, c’est même le contraire qu’il faut privilégier (ce ne sont plus des guerres de position mais bien des actions de guérilla qui sont les plus déstabilisatrices). […]


Rappel L’article ci-dessus n’engage que son auteur. Dominique G Boullier


Identifier vos commentaires ; sinon c'est direction poubelle.