… démerdez-vous !
Le gouvernement a examiné, le 4 avril, le projet de loi de programmation militaire (LPM), qui propose d’allouer 413 milliards d’euros aux dépenses consacrées à la Défense pour la période 2024-2030. Ensuite, cette très chère loi sera soumise au vote du Parlement, puis promulguée quelques jours avant le défilé du 14-Juillet.
Voilà pour les préparatifs officiels, conformes aux usages et non dénués de courtoisie républicaine, entre l’exécutif et les élus. Dans le secret des cabinets ministériels, en revanche, il en va souvent autrement. Tous les coups sont permis, même les plus sournois.
Exemple : la LPM prévoit, dès 2024, une augmentation régulière et automatique du budget annuel de la Défense. Mais pourquoi ne pas changer ces règles ?
Les services d’Elisabeth Borne et de Bruno Le Maire concoctent, avec l’accord d’Emmanuel Macron, une autre évolution de ces dépenses militaires. L’objectif poursuivi serait de les rendre bien moins lourdes à supporter par l’équipe aujourd’hui au pouvoir.
En voici le principe : à partir de 2024, et tant que Macron résidera à l’Élysée, l’augmentation du budget de la Défense serait limitée à 3 milliards chaque année. Ensuite, plus de restrictions : dès 2028 et jusqu’en 2030, la hausse atteindrait 6 milliards par an.
Recherche « banquiers patriotes »
Résultat : la femme ou l’homme qui occupera l’Élysée après Macron devra se débrouiller pour trouver ces milliards supplémentaires en bravant l’impopularité. Et sans renoncer à tel ou tel programme d’armement, à tel ou tel nombre de blindés, d’avions de combat ou de navires de guerre, sauf à se voir traiter d’irresponsable face au danger que représentent Poutine et son ami chinois.
Une fois découvert, ce méchant cadeau laissé au futur exécutif a provoqué la stupeur au sein des états-majors, et cette réaction d’un expert militaire : « C’est une escroquerie politique et intellectuelle. » Mais comment agir autrement ? Le pas riche Macron en est à compter ses sous, car la Défense coûte « un pognon de dingue ».
Le 28 mars, il a convoqué à l’Elysée un « mini-sommet » des principaux industriels de l’armement, afin de leur demander de produire plus vite et moins cher. Réponse, en substance, des intéressés : « Ce n’est ni facile ni simple d’accélérer les chaînes de production avec des prix en baisse. »
Puis, comme ces industriels se plaignent souvent des difficultés qu’ils rencontrent pour financer certains programmes d’armement, le ministre Sébastien Lecornu a demandé aux dirigeants de plusieurs banques de « faire davantage preuve de patriotisme financier » et de se montrer conciliants à l’égard de ces marchands de canons. En attendant de refiler la Légion d’honneur à ceux qui se conduiront en « banquiers patriotes ».
Toujours à propos de cette « économie de guerre » prônée par Macron, une idée a été avancée à l’Assemblée par la commission de la Défense : lancer des emprunts d’État en mobilisant l’épargne privée. Après les banquiers, les « contribuables patriotes » ?
Claude Angeli. Le Canard enchaîné. 05/04/2023
L’armement est une spirale sans fin, car chaque pays va vouloir un peu plus d’armes que ses adversaires potentiels. Et c’est là qu’il peut y avoir l’incident qui met le feu aux poudres. L’Ukraine et la mer de Chine sont deux poudrières. Et mieux vaut s’en tenir éloigné