Passe-passe et repasse, autour du passe-sanitaire !

Et c’est reparti pour un nouveau casse-tête !

Après les déclarations martiales de Macron, le 12 juillet  2021, le gouvernement a découvert les menues difficultés posées par la mise en place, à toute berzingue, d’un passe sanitaire dans les restos, les cinés, les avions, les trains, etc, etc. Et il a déjà dû réduire la voilure, façon ballon de baudruche.

Après avoir annoncé une amende de… allez, tiens, 45 000 euros ! pour les établissements qui ne contrôleraient pas le passe sanitaire de leurs clients, le gouvernement a coupé la poire, non pas en deux, ni en trois, mais en trente !

Le projet de loi adopté lundi soir en Conseil des ministres prévoit finalement une amende de 1.500 euros maximum. Et de 9.000 euros en cas de triple récidive. C’était bien la peine de faire péter de trouille, pendant une semaine, restaurateurs et commerçants…

Face aux manifs des opposants au passe sanitaire et aux quelques réserves émises par le Conseil d’Etat, Macron baisse donc d’un ton, mais il n’a pas fini d’ajuster sa tuyauterie, qui prend des airs d’usine à gaz.

Pour les centres commerciaux, ça patauge sévère.

La semaine dernière, c’était clair : les centres de plus de 20 000 m2 devraient demander aux visiteurs un passe sanitaire, prouvant qu’ils ont été vaccinés ou testés négatifs.

Finalement, et après avis du Conseil d’Etat, la liste des centres sera fixée au cas par cas, pour permettre aux clients sans passe d’accéder aux produits de première nécessité à l’échelle d’un « bassin de vie ».

Oui, mais c’est quoi, un bassin de vie ?

Mardi matin, sur RMC, le ministre des PME, Alain Griset, se grattait la tête : un périmètre de 20 km, par exemple, « c’est beaucoup », il va falloir « réfléchir»à la bonne échelle. Sans faire grimper tout le monde aux rideaux ! Heureusement, il reste la discussion à l’Assemblée et au Sénat, cette semaine, pour s’empoigner sur ces détails.

Qui, par exemple, contrôlera le fameux passe ?

A raison de trente secondes par personne, une vérification à chaque entrée générerait « une queue de 17 km », gémit le directeur du complexe de la Part-Dieu, à Lyon (« Le Figaro », 19/7).

L’Union des métiers et des industries de l’hôtellerie (Umih) réclame, elle, des contrôles aléatoires par les forces de l’ordre ou la mise à disposition par l’Etat « d’hôtesses ou d’agents assermentés ». « On a mobilisé toutes nos unions départementales, qui ont elles-mêmes écrit à tous leurs députés et à tous leurs sénateurs », explique une huile de l’Umih, qui soupire : « Nos parlementaires sont bien mobilisés, mais vont-ils se battre ? Ils sont fatigués, et ils ont envie de partir en vacances. » Avec ou sans passe ?

Macron, de son coté s’en fiche, le casse-tête n’est pas que pour sa pomme.

Si les Insoumis et le RN sont clairement opposés à une différence de traitement entre vaccinés et non-vaccinés, le PS ou LR rament entre deux eaux. Le 15 juillet, sur RTL, le président du Sénat, Gérard Larcher (LR), applaudissait : le passe sanitaire est « un bon levier », certes « restrictif aux libertés »mais « nécessaire ».

Las ! l’eurodéputé (LR) François-Xavier Bellamy, lui, a dénoncé tout au contraire « une remise en cause profonde et inédite de notre modèle de société », relançant le débat à droite. Ça « passe » et ça casse l’ambiance !


Article signé des initiales : I. B. – Le Canard Enchaîné. 21/07/2021