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Parce que l’agriculture et l’agro-alimentaire ensemble doivent approcher en France au moins 1 million d’emplois directs (et jusqu’au double selon d’autres calculs), non délocalisables, ballot !

À côté, l’industrie automobile, avec ses 440 000 emplois, est une pauvre fille des rues. Mais assez causé, les faits.

D’abord, se souvenir que la pollution de l’air tue en France chaque année 48.000 personnes. Ce n’est pas moi qui délire, on trouve ce magnifique constat dans une étude de Santé publique France, en 2016.

Il n’y a pas de débat sur cet autre point : la pollution de l’air, c’est avant tout ce foutoir de particules fines que nous respirons chaque seconde, même à la campagne. Outre leurs origines parfois naturelles (le pollen, par exemple), ces particules proviennent des activités humaines : chauffage, cuisine, clopes, transports et bagnoles, rejets industriels.

Et l’agriculture? Merci, j’allais oublier, ce qui aurait été bête. On en décrit surtout deux sortes

Mes PM 2,5 et les PM 10. PM, c’est l’anglais particulate matter, ou « matières particulaires ».

  • Les PM 2,5 ont un diamètre inférieur à 2,5 micromètres, soit deux millionièmes de mètre, et se fichent, vu leur taille, jusqu’au fond des alvéoles pulmonaires.
  • Les PM 10, plus grosses, atteignent 10 micromètres.

Dès 2003, une étude chinoise (1) avait montré un lien puissant entre la concentration de particules et le Sras, un coronavirus précédent. Depuis le début de la pandémie actuelle, plusieurs études cohérentes, et convaincantes, montrent, selon, que le virus voyage avec plaisir avec les particules, et que ces dernières potentialisent (aggravent) ses effets.

La publication italienne(2) précise une corrélation entre concentration des particules fines et progression la plus forte du coronavirus.

L’américaine (3) est violente. Portant sur 3.000 comtés, elle établit qu’une hausse de 1 microgramme de PM 2,5 par mètre cube conduit à une augmentation de 15 % de la mortalité par le coronavirus.

Et c’est là que les Athéniens s’atteignirent, car ainsi que le clament des chercheurs menés par la directrice de recherche à l’Inserm Isabella Annesi-Maesano, « le printemps est la période d’épandage agricole, grand pourvoyeur de particules fines ». On se rapproche dangereusement : les épandages de lisier et d’engrais azotés qui ont commencé en mars envoient dans l’atmosphère des nuages de particules fines qui se combinent avec d’autres, éventuellement venus des villes. Le tout véhicule le coronavirus.

Est-ce tout? Que nenni.

Reste le point aveugle de cette sinistre histoire : les pesticides.

Courons à l’essentiel : l’Inrae (fusion de l’Inra et de l’Irstea) a craché le morceau sans que personne ne s’en avise, comme dans cette note de l’été 2019 : « Les activités agricoles sont responsables de 28 % des émissions françaises de particules de diamètre inférieur à 10 micromètres, comme les composés azotés ou les pesticides. »

C’est décisif, car cela montre que les épandages de lisier, d’engrais et de pesticides en cours sont des particules fines. Ils se mélangent dans le boxon habituel de la chimie de synthèse et concourent à la circulation du coronavirus, justement pour cette raison-là.

Dans quelle mesure ? On aimerait savoir, mais on ne cherche pas.

Le gouvernement prétend que la santé humaine prime et confine des familles et des gosses juste à l’endroit où l’on balance des joyeusetés qui les menacent.

Sans oublier qu’elles se baladent jusqu’au coeur des villes. J’avais pas dit qu’on allait rire.


Fabrice Nicolino. Charlie Hebdo. 22/04/2020


  1. ehjournal.biomedcentral.com/articles/10. 1186/1476- 069X-2-15
  2. tinyurl.com/uuem9ps
  3. projects.iq.harvard.edu/covid-pm