Les robots, vont-ils tuer l’emploi ?

Ou nous entraine l’évolution technologique ?

La mécanisation n’est pas récente – et donc le remplacement de l’homme par la machine pour certains travaux : les premiers métiers à tisser mécaniques datent de la fin du XVIIIe siècle et les chaînes industrielles se sont développées dès le début du XXe. La robotisation et l’informatisation ont, elles, débuté dans les années 1960, avant de se répandre vingt ans plus tard.

Mais selon les économistes, le monde serait à la veille d’une nouvelle révolution industrielle, plus marquée et plus rapide que les précédentes.

Pour les experts du cabinet de conseil BCG, en 2025, dans l’industrie, un quart des tâches automatisables seront réalisées par des robots, contre 11 % aujourd’hui.

Une raison à cela : la nouvelle robotique, qui intègre le numérique, fait des progrès fulgurants. Les robots sont déjà – et seront – plus flexibles, capables de travailler au milieu des hommes et dotés de capacités d’apprentissage. « Comme leur coût devrait baisser de 20 % d’ici dix ans, ils seront accessibles aux PME », estime Moundir Rachidi, directeur associé à BCG.

Il existe aujourd’hui des robots industriels à seulement 34.000 dollars… Mais la quatrième révolution industrielle ne se limitera pas au secteur manufacturier, loin de là. Des maisons de retraite en France réfléchissent à utiliser des robots pour apporter les médicaments aux patients, comme cela existe aux États-Unis.

Dans ses entrepôts, Amazon utilise déjà 30.000 robots. Dans la maintenance, où des robots inspectent des installations et où des logiciels détectent les erreurs, les possibilités sont immenses. Dans la presse, l’intelligence artificielle réalise des traductions ou écrit des articles – ceux des soirées électorales au Monde et, à l’agence AP, les dépêches sur les résultats des sociétés.

Ailleurs, des algorithmes peuvent aussi rédiger des actes juridiques simples. Ils assurent 40 % à 70 % des transactions en Bourse. En médecine, des robots sont déjà utilisés en chirurgie et l’ordinateur Watson d’IBM est capable d’établir des diagnostics. Enfin, la voiture autonome (sans chauffeur) progresse à grand pas, tandis que, dans les foyers, les robots aspirateurs font leur apparition. La moitié des emplois touchés …

Dans une étude de référence de 2013, Carl Benedikt Frey et Michael A. Osborne, économistes à Oxford, estiment qu’aux États-Unis 47 % des emplois sont « à risque », c’est-à-dire susceptibles d’être remplacés par les robots et la numérisation d’ici une ou deux décennies. Car grâce aux progrès de l’intelligence artificielle, des tâches non répétitives seront automatisables. Ce remplacement – considérable par son ampleur – se ferait en deux vagues : les premiers touchés seront les salariés de la logistique et des transports – caristes et chauffeurs – à cause des véhicules autonomes, les employés exécutant des tâches administratives via les algorithmes, et les ouvriers dans les usines avec la robotisation.

Suivront certains métiers liés à la vente, les aidants à la personne et les travailleurs du BTP. Les métiers nécessitant de la créativité, des relations sociales et de fortes capacités de perception et manipulation (un robot peine à se déplacer dans un environnement complexe) seront préservés. Ce qui regroupe notamment le management, les métiers artistiques, une grande part de ceux de la santé et de l’éducation et les métiers relationnels. Difficile d’imaginer que les gens apprécieront d’être servis au restaurant par des robots !

 Appliquant cette méthode à la France, le cabinet de conseil Roland Berger arrive à la conclusion que 42 % des métiers y ont un risque élevé d’ être automatisés d’ ici vingt ans. En supposant que 20 % des postes automatisables seraient effectivement robotisés, 3 millions d’ emplois, en brut, seraient détruits par la numérisation.

Rien de réjouissant, donc.

L’étude 2016 du Forum économique de Davos estime que d’ici cinq ans dans les quinze premières économies mondiales, les pertes d’emplois liées à l’automatisation excéderont de 5 millions les créations de nouveaux postes dans l’ingénierie ou l’informatique. … mais des relais de croissance

Pour autant, la prévision de Roland Berger est celle d’un scénario noir. Si la France réussissait à s’adapter, notamment par la formation et la flexibilisation du marché du travail, les créations de postes égaleraient les destructions, selon le cabinet. Pour la majorité des économistes, en effet, la quatrième révolution industrielle, comme les précédentes, détruira des emplois mais en générera aussi, selon le processus de destruction créatrice de Schumpeter.

« Au début du XIXe siècle, lors de la révolte des luddites, des ouvriers britanniques ont détruit des métiers à tisser qu’ils accusaient de voler leur travail. Leurs sombres prévisions ne sont pas réalisées : en deux siècles, le chômage n’a pas grimpé », note Jean-Marc Daniel, professeur d’économie à l’ESCP Europe. Le premier gisement de postes se trouve dans les secteurs produisant, installant et contrôlant les robots et l’intelligence artificielle. « Cet été, nous automatiserons encore plus largement nos audits. Nos recrutements d’audit resteront aussi nombreux mais la proportion d’ingénieurs passera de 5 % à 15 %. Nous avons en effet besoin de ces profils capables d’adapter nos outils digitaux chez nos clients », témoigne Bertrand Boisselier, associé chez Deloitte.

Mais il est un autre vecteur encore plus puissant, passant par les baisses de prix générées par les gains de productivité dus à l’automatisation. « Quand une partie des tâches juridiques sera effectuée par des logiciels, le coût des prestations diminuera. Les ménages qui n’avaient pas les moyens d’en acheter pourront le faire. La consommation de services juridiques devrait augmenter et l’emploi dans le droit devrait rester constant, voire progresser, malgré les suppressions de postes d’assistants », explique Philippe Mutricy, directeur des études de Bpifrance. « Le pouvoir d’achat libéré par la baisse des prix est aussi recyclable en consommation d’autres produits et services », ajoute Olivier Passet, directeur des études économiques chez Xerfi.

S’il est difficile de concevoir quelle sera cette nouvelle demande, il est certain qu’il reste des besoins à combler. Qui aurait pu prévoir, en 1950, que des milliers d’emplois seraient créés dans les parcs d’attractions, les instituts de beauté ou la téléphonie ? Pourtant, ces nouvelles consommations ont émergé. Et les pertes d’emplois dans le monde agricole – le secteur est passé de 32 % de la population active en 1950 à 2,5 % en 2014 – ont été largement compensées.

«  Une question cruciale est de savoir à quel rythme l’automatisation se fera, et donc si l’économie aura le temps de créer suffisamment et assez vite de nouvelles activités », résume l’essayiste Robin Rivaton. Qui ne croit pas à une transformation aussi rapide et massive que celle pronostiquée par l’étude d’Oxford. Il existe en effet des freins réglementaires, sociaux (résistance des syndicats, des citoyens) et économiques (capacité des entreprises à financer l’investissement) à la robotisation et la digitalisation. Et ce même si la concurrence mondiale pousse ces entreprises à être plus réactives. « Les rythmes de transformation varient beaucoup : le commerce est en plein dans la révolution numérique depuis cinq ans, alors que le secteur industriel s’y met depuis un an », confirme Laurent-Pierre Baculard, associé au cabinet de conseil Bain, en charge du pôle Digital.

Autre contre-argument, un métier peut perdurer, bien que certaines de ses tâches aient été automatisées. « Au début de ma carrière d’économiste, je passais deux tiers de mon temps à faire des saisies et des calculs. Aujourd’hui, l’ordinateur le fait. Cela m’a libéré du temps et donné des moyens pour produire des études plus fines », raconte Oliver Passet. Même si des logiciels aideront au diagnostic, on voit mal un patient se passer de médecin. Reprenant ce raisonnement, l’institut allemand Zew estime que seuls 12 % des emplois outre-Rhin ont un risque élevé de numérisation ou de robotisation.

La course entre les créations de nouveaux postes et les destructions d’anciens métiers peut être gagnée. Mais cette révolution, pour être réussie, nécessitera d’investir dans la formation et d’avoir un marché du travail flexible, sur lequel les gens peuvent facilement changer d’emploi.

Des domaines où la France ne brille pas. « Des métiers occupés par la classe moyenne risquent de disparaître. Les nouveaux postes seront soit haut de gamme, soit peu qualifiés et mal payés, ce qui va accroître les inégalités », alerte Augustin Landier, professeur d’économie à la Toulouse School of Economics. D’autant que le travail indépendant, moins protégé, devrait se développer. Autant de défis à relever pour les politiques.


Crouzel Cécile, Le Figaro – Source


Cet exposé paru dans « Le Figaro » est hélas des plus réaliste et prépare de sombres jours. Reprenant les arguments, la connaissance commence via l’éducation nationale et dans l’état d’enseignement actuel ou la très grande majorité des élèves reçoivent une éducation tout juste nécessaire pour accéder à des taches secondaires et temporaires à bas revenus. Combien de filles/fils d’ouvriers (et même jusqu’au cadres moyens) pourront financièrement se permettre de suivre des cursus de Bac +5 a 8 ans avant d’entrée dans la vie active (s’il reste des débouchés) ? Que deviendront tous les licenciés seniors remplacés par des robots ? Dans le même temps, les montants des pensions de retraites seront à la charge des employés, encore faudra-t-il qu’ils puissent continuer à régler le montant des cotisations, dans les périodes de chômages pratiquement inévitables de nos jours.

Triste monde que celui que l’on prépare à nos enfants. MC

10 réflexions sur “Les robots, vont-ils tuer l’emploi ?

  1. Pimpf 07/04/2016 / 10h50

    Une étude récente aux USA, estimait je crois que tous les emplois à basse rémunération à moins de 12 $ de l’heure seraient remplacés par des robots dans les 15 ans à venir . Cela va avoir un impact encore plus grand chez eux ou les petits jobs mal payés fait partie intégrante du système, les gens cumulent souvent 2 à 3 jobs chez l’américain moyen on va dire pour arriver à joindre les 2 bouts… ce n’est pas rassurant. Etant un fan de Science fiction , à force de trop déléguer, on va causer notre perte …
    http://www.atlantico.fr/decryptage/moitie-emplois-pourraient-etre-remplaces-robots-dans-20-ans-venir-mais-quelle-moitie-robin-rivaton-1005425.html

  2. Yoshimi-Paris Photographie 07/04/2016 / 11h14

    C’est pas nouveau et ca fait deja des années et des années que les robots remplacent l’homme dans son travail. Les robots certes nous aident pour certaines tâches. Déjà l’être humain « jette » plus qu’il ne réutilise, cherchant la facilité.
    Ca m’étonnerait pas qu’un jour il puisse y avoir des « machines à penser » …. il y aura toujours des gens trop fainéant pour « penser » ou pour « créer » qui ne cherchent qu’à copier ou imiter.
    De là à avoir des machines qui pensent .. on y arrivera un jour je pense.
    Si on en revient aux machines qui prennent notre travail, elles ont ete crées pour fabriquer plus, pour produire (souvent plus qu’il ne faut) >> ce qui facilite le réachat (donc comme j’ai dit plus haut jeter car c’est plus simple de racheter que de reparer ou reutiliser).
    Alors si les gens font comme les moutons et se plient aux exigences du marché en réachetant sans cesse … on en arrivera de plus en plus à ce que les robots prennent notre travail car ils produisent plus pour que les gens puissent acheter plus.
    Si les gens réagissent et commencent à faire réparer leurs objets , ils produiront du travail aux autres et on commencera peut etre à faire bouger les choses. (il faut bien un commencement, non ?) … les anciens métiers commenceront à réapparaître 😀
    Mes propos sont peut etre simplistes et j’espere m’être fait comprendre.

  3. Lou.p 08/04/2016 / 13h38

    Les films de science fiction des années 90/00 deviennent réalité !?
    Et les gens malgré l’information qui leur a été donné préfère ne rien voir venir ou pense qu’ils ne peuvent rien changer.

    • Libre jugement - Libres propos 08/04/2016 / 14h28

      Ne rien « pouvoir » changer est certain, combien d’entrepreneur disent le robot lui une fois payé ne coûtent que l’entretien, ne nous facture pas d’heures supplémentaires et même peut « travailler » les jours fériés, pas de vacances, de ponts, ni d’augmentation ou revendications diverses. Hélas des arguments indestructibles … mais alors, quid des salariés si tout est robotisé ?
      Dans mon enfance prendre le métro était l’objet de rencontre de nombres employés.
      Le/la guichetière, le/la poinsoneur-euse de billet sur chaque quai et qui en fermant le portillon, régulait l’accès aux trains, le chef de gares, une/un employée en-tete et itou en queue de chaque rame de train et le conducteur …. et parfois le contrôleur de la 1ere classe. Dans les bus le conducteur et le receveur … maintenant combien reste-t-il d’employés dans ses services ???
      Alors si il n’y a plus de travail possible pour tous les habitants de la planète, supplantés par d’innombrables machine; qui « touchera » des subsistes pour acquérir la production des robots ?? Enfin comment pourra-t-on vivre sans salaire et sans travail ?

      • Lou.p 08/04/2016 / 14h39

        Personnellement, je pense que les choses peuvent changer et que rien n’est irréversible. Mais c’est d’un changement de société dont nous avons besoin. Le capitalisme, l’ultra-libéralisme dans lequel nous vivons est autodestructeur et se dirige vers sa propre perte. Si les gens se réveillent et prennent conscience qu’un autre système est possible, nous pourrions y arriver. Les robots peuvent être un plus s’ils sont utilisés dans certaines conditions mais ils ne peuvent pas remplacés les humains. Nous avons besoin de contact dans cette société ! De plus, un être humain est professionnel et au-delà du travail prescrit que le robot peut faire il abat un travail réel en parant aux déficiences de la prescription. C’est une qualité que les robots ne peuvent pas avoir.

        • Libre jugement - Libres propos 08/04/2016 / 14h53

          Merci pour cette réponse je commençais a penser qu’il n’y avait plus que ceux de ma génération celle d’avant ou pendant la guerre de 40/45 qui revendiquait une autre société, ni capitaliste ni collectiviste au sens des ex de l’est ou d’Asie.

  4. gustave 24/05/2016 / 17h23

    il ne faut pas passer sous silence que la multiplication des robots industriels exposent aussi les travailleurs à des risques pour leur sécurité : ceci est d’autant plus accentué dans les cas des nouveaux robots collaboratifs qui partagent un même espace de travail, en réalisant des travaux avec les opérateurs.
    La prévention des risques de la robotisation industrielle : http://www.officiel-prevention.com/formation/fiches-metier/detail_dossier_CHSCT.php?rub=89&ssrub=206&dossid=546

Identifier vos commentaires ; sinon c'est direction poubelle.