De Bruxelles à l’Élysée va-t-on enfin entendre les cris de souffrance et de détresse qui montent de nos campagnes ? Le drame qui se joue actuellement dans les fermes n’est pas le résultat d’un mystérieux phénomène climatique mais celui de choix politiques et économiques qui obéissent aux cartels internationaux de l’industrie agro-alimentaire.
Ceux-ci exploitent avec une violence inconnue jusque-là le travail paysan en faisant pression à la baisse sur les prix. Ils saccagent et détruisent en même temps la vie de nos campagnes. Ils poussent à des productions standard. Elles seront malaxées par la suite dans un complexe agro-industriel qui n’a que faire de l’alimentation et de la santé puisqu’il s’agit de préparer de manière industrielle des plats à… manger dans lesquels la « matière première agricole » doit coûter le moins cher possible.
Le système libéral n’a eu de cesse de baisser la part alimentaire dans la reproduction de la force de travail pour ne pas avoir à augmenter les salaires des autres travailleurs. Les actuels combats paysans ont partie lié avec toute la société dans la mesure où il est question du pouvoir d’achat de toutes et tous, de l’aménagement et de l’équilibre des territoires, de l’emploi, des équilibres écologiques, de la qualité alimentaire et de la santé.
Ce lien entre la qualité de l’alimentation, les conditions de production agricole et la santé humaine est trop sous-estimé. Si ces enjeux étaient traités à leur juste mesure, on sortirait des débats stériles actuels pour considérer la production alimentaire comme une question d’intérêt général. Or, elle n’est traitée que par le petit bout de la lorgnette ou dans le cadre de petits débats politiciens.
Les plans d’urgence qui se succèdent et se ressemblent n’équivalent qu’au traitement d’un cachet d’aspirine pour soigner une maladie mortelle. Celle-ci porte le nom de dérégulation, des marchés aux profits de la seule finance. Elle affecte tous les pays. Ainsi, en Allemagne, souvent présentée comme un modèle, 50 % des exploitations agricoles sont en grande difficulté.
En France, elle est en train de détruire en ce moment même le tiers de notre élevage et les autres tiers risquent de suivre si on n’y met pas un coup d’arrêt. Mais au fond, n’est-ce pas ce qui est recherché pour passer à un autre type d’agriculture qui réponde mieux aux exigences des multinationales du secteur ?
C’est aussi l’objectif du projet du traité de libre-échange transatlantique qu’il faut mettre en échec. Peu leur importe qu’un gigantesque plan social soit en cours. En sortir ne se fera pas à coups de mesurettes ou d’emplâtres comme il en a été pris l’habitude depuis maintenant des années. (…)
L’aspiration grandissante et légitime des consommateurs d’accéder à des aliments de qualité, produits à proximité de chez eux, doit être entendue. Un nouveau pacte pour l’agriculture paysanne, l’alimentation et la santé devrait être recherché. (…) D’autre part, les dérégulations européennes et mondiales provoquent une surproduction et une spéculation qui font chuter les prix de base mondiaux. Pour survivre, les agriculteurs sont poussés à produire davantage, ce qui aggrave d’autant l’absence de débouchés et fait baisser les cours.
[Hollande, la partie droitière de la gauche comme] Sarkozy et la droite n’ont que faire de ce cercle vicieux. Ils ont, toute la semaine dernière, répété d’abominables bêtises et mensonges. La crise du lait s’est accélérée comme nous l’avions dit il y a des années avec la fin des quotas laitiers acceptée sous le précédent quinquennat. La loi dite de « modernisation économique », votée par la droite en 2008, donne les pleins pouvoirs aux centrales d’achat, ce que ces politiciens et théoriciens avaient baptisé du nom de la « libération de l’économie ». Ils ont certes libéré les loups pour dévorer les petits paysans.
Depuis, les centrales d’achat et de distribution exigent de pomper la moitié de ce que les fournisseurs de l’industrie agro-alimentaire touchent au titre du CICE. Les débats sur la compétitivité et la « baisse des charges » n’ont pour objet que d’éviter celui sur la nécessaire rémunération du travail paysan par des prix couvrant les coûts de production et rémunérant le travail. L’expérience confirme qu’il faut tourner le dos à l’actuelle conception de la construction européenne qui n’est nullement un espace de solidarité et de fraternité, mais un espace organisant la compétition et la concurrence de plus en plus sauvage entre les pays. (…)
Laisser les marchés et la finance faire la loi revient à abandonner nos territoires et nos filières d’élevage. L’indispensable transition de notre modèle de production et de consommation alimentaire est sacrifiée au détriment du travailleur agricole, du paysan, comme du consommateur, de l’environnement, de l’emploi et d’un aménagement harmonieux des territoires et du visage de la France.
C’est donc bien d’un engagement d’intérêt général dont il s’agit. Le cri des paysans nous concerne tous !
Blog de Patrick Le Hyaric – Source