… Lorsque le RN tombe dans son propre piège !
Après plus d’un an de mobilisations très régulières et une nationalisation votée à l’Assemblée nationale, la grève a repris en début de semaine chez l’aciériste ArcelorMittal.
À Dunkerque, Gaëtan Lecoq, secrétaire CGT, est la grande gueule d’ArcelorMittal, tient à nous dire une chose : « Le RN est tombé dans son propre piège ! Ils se réclament du parti des ouvriers parce qu’ils ont l’électorat qui va avec, mais ils ne votent même pas pour défendre l’industrie en France et ses ouvriers. »
Comprenez : le 27 novembre dernier, pendant que les députés de gauche faisaient voter une loi pour la nationalisation de l’aciériste à l’Assemblée nationale, contre toute attente, le camp du RN s’est abstenu après des mois à amender le texte. Et, ça, Gaëtan Lecoq ne l’a pas digéré. Il l’a dit à la télé et à la radio. « Et, depuis, j’en prends plein la gueule », dit-il à Charlie.
Guéguerres syndicales
Puis, il s’emporte un peu : « Vous savez, je vais être clair, j’ai pris des photos avec tout le monde. Je parle avec tout le monde : Marine Tondelier, Fabien Roussel, Xavier Bertrand… tout le monde sauf le RN. Et donc, pour le RN, je suis étiqueté LFI, futur député insoumis, etc. En attendant, les autres syndicats, tout ce qu’ils veulent, c’est négocier avec la direction pour faire embaucher leur fils… Ou bénéficier du PSE quelques mois avant la retraite pour toucher le chèque. »
C’est le bordel chez Arcelor. On a beau dire aux ouvriers que l’acier français ne pèse plus rien, à cause du jeu de la concurrence internationale, et qu’un plan de licenciement est inéluctable, dans les médias, Arcelor les nargues en affichant ses bons résultats financiers, son endettement « historiquement bas » et ses« marges soutenues ».
Et le RN dans tout ça ? Il crée des tensions entre les salariés et les syndicats. Le RN a compris l’importance de parler d’emploi et de pouvoir d’achat, tandis que la gauche l’a négligé. Les ouvriers d’ArcelorMittal sont nombreux à avoir succombé à ce discours, comme le confirme Frédéric Weber, député RN de Meurthe-et-Moselle et ancien infirmier syndicaliste chez ArcelorMittal, auprès de Charlie.
L’arnaque sociale
Le malaise se situe ici : les ouvriers votent pour le RN, mais les syndicats qui doivent les représenter sont principalement de gauche. Seul Force ouvrière adopte une approche « apolitique ». Les syndicats, déjà affaiblis par la désindustrialisation, sont partagés entre des liens discrets avec le RN et des barrières sanitaires.
La question se pose en ces termes : pourquoi, depuis tout ce temps, un syndicat frontiste n’émerge-t-il pas dans le monde ouvrier ? Pour, Florent Gougou, chercheur spécialiste du vote ouvrier, « contrairement à ce que les analyses politiques le font parfois entendre, il n’y a pas, au RN, de programme de lutte sociale suffisamment fort au point de fédérer syndicalement ».
L’Assemblée nationale montre que le parti lepéniste ne soutient pas les votes sociaux, notamment en s’abstenant sur la nationalisation d’ArcelorMittal, ce qui ternit leur image sociale.
Prenant conscience de son erreur, Marine Le Pen a réaffirmé son soutien aux ouvriers de l’aciériste français et proposé une alternative libérale à la nationalisation : le « golden share », qui permettrait à l’État d’acheter une « action de préférence » pour influencer les décisions importantes sans posséder l’ensemble de l’entreprise.
C’est une stratégie astucieuse pour ne pas contrarier le Medef, avec qui le RN est en discussions depuis la rentrée. Un tour de magie qui pourrait être mis à l’épreuve dans le cadre de la campagne présidentielle.
D’après un texte de Julie Lescarmontier. Charlie Hebdo. 11/12/2025.
Le RN est spécialisé dans l’hypocrisie. Il se dit pour la retraite à 60 ans, mais dit en coulisse que le but c’est passer aux retraites par capitalisation en rendant le financement des retraites par répartition impossible. Il est intrinsèquement contre les nationalisations.