Aux médias de se faire label

Non, Emmanuel Macron ne va pas faire le tri
entre les bons et les mauvais médias…

… N’en déplaise à Pascal Praud et à CNews.

Face aux fake news qui pullulent sur les réseaux sociaux et ailleurs, le chef de l’État s’interroge.
Comment lutter contre un fléau qui fausse le débat public et met à mal notre socle informationnel commun ?

Question complexe, qui n’appelle pas de réponse unique, encore moins miracle. En tournée en régions, il a relancé l’idée d’une « labellisation » des médias, qui permettrait de mettre en valeur le journalisme de qualité et de rétablir la confiance des citoyens. En précisant bien que cette possible certification serait le fruit du travail des professionnels de l’information. « Ce n’est pas à l’État de vérifier, sinon ça devient une dictature !» a-t-il lancé sans ambiguïté.

Las ! Les médias Bolloré (CNews, Europe 1, Le JDD) ont tout de suite hurlé à « l’atteinte à la liberté d’expression », à la « dérive totalitaire » ou au « ministère de la Vérité » à la Orwell. Très vite suivis par des responsables politiques de droite et d’extrême droite, Bruno Retailleau et Jordan Bardella en tête.
La machine s’emballe au point que l’Élysée se fendra d’une vidéo mettant en regard les fausses informations de la bollosphère et les déclarations publiques du chef de l’État (plus de cinq millions de vues sur X). Du jamais-vu.

Ce n’est pas la première fois que le président de la République réfléchit à assainir le paysage informationnel. Il a même fait voter une loi, en 2018, « contre la manipulation de l’information » (dite anti-fake news), au grand dam de toute une profession qui la trouvait « liberticide » — elle s’est finalement avérée inopérante. L’idée d’une labellisation des médias n’est pas nouvelle non plus : c’était l’une des recommandations issues des travaux des États généraux de l’information (EGI) en 2024.

Emmanuel Macron a cité en exemple la « Journalism Trust Initiative » (« Initiative pour la confiance dans le journalisme ») lancée par Reporters sans frontières en 2019. Cette certification, qui s’intéresse au processus de production de l’information et non à son contenu, s’appuie sur une batterie de cent trente critères (transparence, indépendance éditoriale, déontologie…).

En France, cent quinze médias ont entamé la démarche et dix-sept sont certifiés, dont TF1, France Télévisions, Radio France ou les journaux du groupe Ebra (L’Est républicain, Le Progrès…). Une initiative qui paraît aller dans le bon sens, mais encore trop isolée.


Richard Sénéjoux. Télérama N° 3961. 10/12/2025


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