L’avant, l’après…

… 18 septembre 2025, journée revendicatrice.

1) l’Avant

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Deux questions se posent à la veille de la mobilisation de ce jeudi : combien et comment ? Le « comment » renvoie au risque de violences anticipé par les autorités. Le « combien » appelle la comparaison avec la dernière grande mobilisation, celle du printemps 2023 contre les retraites, quand la police avait compté plus d’un million de manifestants dans toute la France, et ce à plusieurs reprises.

Ce sera « une journée noire », a prévenu le ministre démissionnaire des Transports. Noire dans les transports mais aussi sans doute dans l’éducation, plus généralement les services publics, la production d’énergie… Plus de 250 manifestations sont annoncées, qui pourraient rassembler jusqu’à 900 000 personnes, selon le ministère de l’Intérieur. Une certitude : la mobilisation sera plus massive que le 10 septembre à l’appel du mouvement « Bloquons tout ».

Mesures brutales, injustes

La journée, décidée fin août par l’ensemble des syndicats de salariés (CFDT, CGT, FO, CFTC, CFE-CGC, Unsa, Solidaires, FSU), cible les mesures « aussi brutales que profondément injustes » de réduction du déficit pour 2026: « la suppression de deux jours fériés, des coupes dans les services publics, la remise en cause du droit du travail, une énième réforme de l’assurance chômage, le gel des prestations sociales et celui des salaires des fonctionnaires comme des contractuel (le)s, la désindexation des pensions de retraite, le doublement des franchises médicales, la remise en cause de la 5ᵉ semaine de congés payés », énumère le communiqué intersyndical.

Le paradoxe est de manifester contre les mesures d’un Premier ministre déjà renversé. Mais la secrétaire générale de la CGT Sophie Binet expliquait lundi, au sortir de sa rencontre avec le successeur de François Bayrou, Sébastien Lecornu : « À part (la suppression) des deux jours fériés, il n’a renoncé à rien dans le musée des horreurs qu’Emmanuel Macron avait prévu dans son projet de budget ».

Car c’est bien le président de la République qui est aujourd’hui en première ligne. Ses relations avec les syndicats n’ont jamais été bonnes. En 2017, le candidat leur déniait toute légitimité à intervenir au-delà du cadre social. La rupture est venue avec son passage en force sur la réforme des retraites, qui a fait dire à l’ancien secrétaire général de la CGT Philippe Martinez : « Macron nous a marché dessus ».

Priorité à la politique

Les syndicats ne sont cependant pas les seuls à prétendre négocier avec le gouvernement à venir — ni surtout les plus importants. Sébastien Lecornu reçoit ces jours-ci partenaires sociaux et partis politiques, mais c’est d’abord avec le Parti socialiste et Les Républicains qu’il décide de l’essentiel, car c’est d’eux que dépend l’adoption du projet de budget. Et cette dimension politique joue contre l’unité syndicale, déterminante pour la mobilisation : la CGT apparaît de plus en plus à la remorque de La France insoumise, tandis que la CFDT tente de rester en marge du débat politique tout en étant plutôt proche du PS, meilleur ennemi de La

Une alternative « autonome » ?

Une ouverture vient d’être offerte par le Medef. Dans une lettre aux syndicats, son président Patrick Martin propose une négociation « autonome » entre partenaires sociaux sur trois thèmes : le financement de la protection sociale, accusé de trop reposer sur le travail ; l’évolution du modèle de production face aux transitions numérique, écologique et démographique ; l’emploi des jeunes. La CFDT et FO ont accepté l’invitation, la CGT réserve sa réponse. Mais cette discussion-là ne s’annonce guère plus facile. Les organisations patronales sont mises en cause par les syndicats au même titre que le gouvernement depuis l’échec du conclave sur les retraites — la secrétaire générale de la CFDT Marylise Léon dénonçant leur « incapacité à s’engager ». Il leur est également reproché leur inflexibilité sur une possible contribution des entreprises à la réduction du déficit — nul doute que les 211 milliards d’euros d’aides qu’elles reçoivent de l’État seront très présents dans les défilés de ce jeudi.

C’est dire qu’un succès de la mobilisation ne garantirait rien pour la suite.


Francis Brochet. Le Dauphiné 18/09/2025

2) l’Après

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Plus d’un million de manifestants dans les rues, et Sébastien Lecornu s’engage… à de nouvelles « consultations ». Pourtant, de Paris à Marseille, de Lille à Toulouse, ou de Strasbourg à Bordeaux, partout le message lancé hier est sans équivoque : la copie budgétaire de son prédécesseur et ses 44 milliards d’euros d’économies assortis du doublement des franchises médicales, d’une réforme de l’assurance chômage ou encore de la mise en cause de la 5e semaine de congés payés (et on en passe) doivent être abandonnés.
Ce n’était d’ailleurs pas le seul message : partout, l’exigence de justice fiscale, sociale et environnementale a résonné sur les pavés. Avec notamment une pancarte, vue plus souvent qu’à son tour : « Taxez les riches ! »

Et c’est là que le bât blesse malgré de minimes concessions envisagées. Alors, après avoir annoncé qu’il recevrait « à nouveau les forces syndicales dans les jours qui viennent », le premier ministre s’efforce dans le même post sur X de braquer les projecteurs sur les « violences », condamnant avec « la plus grande sévérité les exactions à l’encontre des forces de l’ordre et de secours ainsi que les dégradations perpétrées ».

Pourtant, tous les observateurs — à l’exception du ministre de l’Intérieur démissionnaire — s’accordent à dire qu’outre quelques incidents ici ou là les cortèges ont été déterminés, mais pacifiques malgré la démonstration de force et la répression orchestrées par Bruno Retailleau.

« La radicalité, c’est le nombre », a-t-on entendu des syndicalistes dire. Et le nombre, que d’aucuns s’efforcent de minimiser, a donné hier de la force au message de ras-le-bol général face à un pouvoir décidé à préserver les privilèges d’une infime minorité.

Et maintenant ? L’intersyndicale se réunit ce matin (19/09/2025) pour en discuter…


L’Humanité


Une réflexion sur “L’avant, l’après…

  1. raannemari 19/09/2025 / 18h16

    « On dit d’un fleuve emportant tout qu’il est violent, mais on ne dit jamais rien de la violence des rives qui l’enserrent. » Bertolt Brecht

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