… en prison !
L’attentat terroriste survenu à la prison de Condé-sur-Sarthe en 2019 a profondément marqué le milieu carcéral français. Michaël Chiolo, un détenu radicalisé, avait blessé au couteau deux agents pénitentiaires, au nom de l’État islamique. Son procès a débuté le 2 juin 2025 ou à Paris.
Depuis, le système de prise en charge des détenus radicalisés s’est consolidé. En matière de radicalisation, il y a deux types de détenus : ceux poursuivis et condamnés pour Terrorisme ISlamiste (TIS) et ceux condamnés pour des faits de droit commun qui se sont radicalisés en prison (RAD).
Au 1er mai 2025, 754 détenus radicalisés étaient incarcérés dans les prisons françaises. Plus de la moitié d’entre eux (403 RAD) se sont radicalisés lors de leur détention. Les autres sont des prisonniers djihadistes (351 TIS), selon les chiffres transmis à notre journal par l’administration pénitentiaire.
La mise en charge de ces profils potentiellement dangereux et qui présentent un risque élevé de prosélytisme s’articule autour du triptyque : détecter, évaluer et prendre en charge.
Détection, évaluation, prise en charge
Détecter : en cas de signes de radicalisation repérés chez un détenu, les personnels pénitentiaires transmettent un signalement à leur hiérarchie.
Évaluer : si le signalement est jugé sérieux, le détenu est envoyé dans un Quartier d’Évaluation de la Radicalisation (QER). Pendant 15 semaines, il sera examiné à la loupe.
« Dans ces quartiers, les détenus sont soumis à des entretiens constants, avec des psychologues, des éducateurs, des médiateurs du fait religieux, quasiment deux fois par jour, si ce n’est pas trois », explique Xavier Crettiez, chercheur et auteur d’un rapport d’évaluation sur le dispositif d’incarcération des détenus radicalisés, remis fin 2024 au gouvernement.
Prendre en charge : à l’issue de cette évaluation, le détenu sera soit remis en détention ordinaire, s’il ne présente pas ou plus de signe de radicalisation, soit placé dans un quartier de prise en charge de la radicalisation (QPR), s’il présente une forte imprégnation idéologique, mais reste accessible à une prise en charge.
Ou placé en quartier d’isolement (QI), s’il présente un risque de prosélytisme ou de passage à l’acte violent. « 75 % des détenus sont remis en détention ordinaire, à l’issue de cette période d’évaluation, parce qu’on s’aperçoit qu’en fait, ils n’étaient pas du tout radicalisés », souligne Xavier Crettiez.
Dans les quartiers de prise en charge de la radicalisation (QPR), la surveillance est forte et le travail de désengagement à mener plus important. « En QPR, les détenus font plein d’activités collectives. Ils suivent des cours de français, apprennent un boulot… Ils sont hyperactifs », décrit Xavier Crettiez.
Une réalité toutefois distincte en fonction des établissements. En 2020, l’Observatoire international des prisons indiquait ainsi que « si certains QPR proposent un programme d’activités variées, d’autres sont à la dérive ».
À l’isolement, où sont systématiquement envoyés les djihadistes, les conditions de sécurité sont drastiques : déplacements menottés, sorties réduites au strict minimum, nombre d’activités restreint, contacts sociaux très rares, fouilles…
Contesté par les défenseurs des droits humains, ce système de prise en charge est-il efficace ? Si on regarde le taux de récidive des détenus radicalisés, force est de constater qu’il est nettement inférieur à celui du reste de la population carcérale.
Deux cas de récidive terroriste
« Le taux de récidive (tous faits confondus) des « terros » est de 10 %. Ce qui est extrêmement faible, puisque celui des détenus ordinaires avoisine les 60 %. Si on s’intéresse à la récidive d’actes terroristes uniquement, le taux est quasiment incalculable, mais serait de l’ordre de 0,3 %. Seulement deux personnes sur approximativement 350 détenus sortis de prison sont repassées à l’acte », développe Xavier Crettiez.
Parmi les deux cas de récidive terroriste évoqués par le spéeialiste figure l’attentat du pont de Bir-Hakeim, survenu en décembre 2023, près de la tour Eiffel. Armand Rajabpour-Miyandoab, condamné pour un projet d’attentat terroriste, avait tué au couteau un touriste allemand et blessé à coups de marteau deux autres personnes.
Le gouvernement compte poursuivre sa stratégie de fermeté. Les prisons haute sécurité, voulues–par Gérald Darmanin, qui accueilleront à la fois des narcotrafiquants et des islamistes, vont dans ce sens.
Néanmoins, il est encore trop tôt pour mesurer l’impact que l’isolement aura sur les profils les plus dangereux à leur sortie de détention.
Alexandra Simard. Le Dauphiné libéré. 10/06/2025
Il faut expulser ceux qui sont étrangers?, quant aux autres la prison en Guyane, et à vie si nécessaire. C’est comme le cancer.