Mission quasi impossible dans 87 % du territoire français transformé en désert médical. Délais infinis pour obtenir un rendez-vous chez un ophtalmo ou un dermato, dépassements d’honoraires exorbitants, déplacements chronophages…
Entre renoncement aux soins, retards de diagnostic et pertes de chance de guérison, les patients payent le lourd tribut d’une médecine « de ville » dont l’accès est de plus en plus inégalitaire.
Si elle n’avait pas eu la possibilité de parcourir des centaines de kilomètres pour voir un spécialiste, Clélia T. serait sans doute aveugle aujourd’hui. La vie de cette habitante d’un petit village de l’Allier a basculé quand on lui a diagnostiqué un diabète insulino-requérant. Jusqu’alors elle se contentait d’avoir trouvé un médecin traitant à 20 kilomètres de son domicile.
Mais cette jeune maman célibataire doit désormais trouver plusieurs spécialistes : « J’ai besoin d’une surveillance spécifique, car la maladie attaque tous les organes. En plus du suivi tous les trimestres par un endocrinologue et des prises de sang régulières, il me faut au moins un rendez-vous annuel chez un pédicure-podologue, un cardiologue, un angiologue, un dermatologue, un gynécologue, un dentiste et un ophtalmologue », détaille-t-elle.
Or, dans le département, qui fait partie des 87 % du territoire français sous-dotés en praticiens, c’est mission quasi impossible. À l’époque, faute d’endocrinologue, c’est son généraliste qui lui prescrit le traitement. « On a un peu tâtonné avant de trouver un médicament qui me convienne », confie la trentenaire, dont la pathologie s’aggrave silencieusement.
- Des kilomètres pour un rendez-vous
Deux ans plus tard, elle enchaîne les crises d’acidocétose et doit absolument voir un endocrinologue. « Le seul qui accepte de me recevoir est à La Châtre, à 86 kilomètres de chez moi », déplore Clélia qui fait régulièrement le trajet, pour « des consultations un peu bâclées » malgré de copieux dépassements d’honoraires.
« Le diabétologue ne m’a jamais contrôlé les pieds, il n’a jamais pris ma tension, il regardait rapidement mes analyses, et quand elles étaient mauvaises, il se contentait de me dire de manger moins de pain et de sucre et un peu plus de légumes.
Des choses que je faisais déjà », se rappelle Clélia qui n’a pas beaucoup plus de chance avec son ophtalmologue : « Je sentais bien que ça n’allait pas du côté de mes yeux, mais après 3 minutes 27 de consultation, l’ophtalmo de Montluçon m’a renvoyée chez moi en m’assurant que tout allait bien. »
Persuadée du contraire, la jeune femme se démène pour trouver un second avis.
Quinze jours plus tard, elle se rend jusqu’à la périphérie de Vichy, à plus de 100 kilomètres de son domicile, où un autre ophtalmologue, alarmé par les symptômes qu’elle décrivait, a accepté de la voir. « Ce jour-là, j’ai enchaîné le rendez-vous chez l’ophtalmo et celui chez l’endocrinologue.
J’ai fait 327 kilomètres dans la journée. Comment font les gens qui ne conduisent pas ? » interroge Clélia. Nous sommes en février 2022, la jeune femme apprend qu’elle a développé des micro-anévrismes autour de la macula (une zone de la rétine). Et que sans prise en charge urgente, la cécité la guettait.
Aujourd’hui, ce n’est qu’au prix de nombreuses heures passées sur les routes qu’elle prend soin de sa santé. « Mon angiologue est à Guéret dans la Creuse, à plus de 80 kilomètres de chez moi, mon cardiologue est à Bourges, et mon ophtalmo toujours à côté de Vichy. Je n’ose même pas calculer le coût de ces déplacements en frais de péage et d’essence… », souffle cette professionnelle du secteur sanitaire et social.
- Certains doivent batailler pour voir leur médecin une ou deux fois par an.
Malheureusement pas isolé, le cas de Clélia révolte Laure Artru, la présidente de l’association citoyenne contre les déserts médicaux (Accdm) créée en 2016. Cette rhumatologue qui exerce en tant que médecins solidaires dans de petites villes de la Sarthe, dénonce la répartition hétérogène des médecins généralistes et spécialistes sur le territoire, créant des inégalités tant en termes d’accès au soin que de charge de travail des praticiens.
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Un service public de santé de proximité ?
Pourtant il existe des médecins heureux, qui ont la capacité de suivre correctement leurs patients sans s’épuiser. Salarié d’un centre de santé à Gagny (Seine-Saint-Denis), Édouard Jean-Baptiste est-ce ceux-là. « Je travaille 35 heures par semaine, payé 40 € de l’heure, ce qui est très correct, d’autant que je n’ai pas de tâches administratives à assumer. Je peux me consacrer une heure à un malade si nécessaire. Avec l’équipe pluridisciplinaire de médecins spécialistes, l’équipe infirmière et celle du personnel administratif, nous échangeons régulièrement autour des dossiers partagés de nos patients, ce qui nous permet d’avoir une prise en charge globale », décrit le médecin généraliste de ce centre de santé public, où le tiers payant est obligatoire et les ententes avec les mutuelles évitent aux patients d’avancer les frais.
Un service public de santé de proximité qui requiert un plan d’investissement massif.
Peu réaliste à l’heure où le gouvernement promet une « économie de guerre » et des dizaines de milliards d’économies ?
Certes, mais il semble que la statistique publique se soit peu intéressée au chiffrage des retards de diagnostics et de soins, faute d’accès à un médecin.
Leur coût, sauf à laisser mourir les patients, pourrait rapidement exploser.
Eugénie Barbezat. Source (extraits)
Expérience personnelle hélas pas unique : « de mon lieu de résidence en 07 à la maison de santé de Vallon-Pont-d’Arc (07) où mon généraliste référent — malade depuis un an — distance 25 km AR (et un temps multiplié par 5 en période estivale).
Ma cardio est à Alès, distance de Grospierres à l’hôpital d’Alès (30) 85 km AR. Ma hématologue et ma rhumatologue, suivi cardio (test d’effort, introspections coronariennes, pose d’une valve aortique) à Nîmes (30) 190 km AR ».
Moins sûr de ma conduite automobile pour ce type de distance, j’utilise des VSL. En résumé, l’instauration d’un désert médical en Ardèche entraîne des coûts de déplacement et des tracas pour les patients pour se soigner.
« Oui, toutes les spécialistes qui me suivent sont des femmes et elles sont majoritaires dans les services. Les hommes spécialistes préfèrent — en dehors des responsables de services — passer le temps imposé aux internes pour clore leurs cursus, travailler dans des cabinets privés plus lucratifs, plutôt que dans les hôpitaux publics ».
MC
Même dans les régions « bien pourvues » les délais sont souvent énormes: 2 à 3 mois pour un scanner dans les Bouches-du-Rhône.
Étant en déplacement d’amitié en Picardie,
Une expérience vecue ce jour : pour consultation en urgence dès 8h à l’hôpital. Prise en charge immédiate par soins infirmiers. Puis attente en salle d’attente, jusqu’à 10h30m sans infos.
Abandonné l’attente, après avoir obtenu ce même jour, durant ce laps de temps. par Doctolib, un rendez-vous à 16h10 chez un cabinet d’ophtalmologiste.
Passage chez l’ophtalmologue vers 17h30.
Heureusement, l’infection a été mineure.
Renoncement de soins, exaspération et colères de voir notre système hospitalier détruit sciemment par des prédateurs soucieux de fausses rentabilites pour « saigner » notre système de santé.
Même dans le secteur privé, les attentes pour être soigné(e)s s’allongent.
Discuté avec une chef de service de l’hôpital qui ne peut que déplorer cette situation.
Mais qui n’en peut mais !
D’autant qu’à l’affichage, pour la lecture des patients, on a « La Charte de la Laïcité dans les services publics », « la Charte de la bienveillance de la personne âgée « , la Charte européenne de l’enfant hospitalisé »,etc..
Ne trompons pas de cibles !
Le lampiste ne peut répondre des faits provoqués par des politiques qui instaurent le chaos. Nous savons que ces excellences ont, seuls, le sens des responsabilités !
RBLAPLUME