… une inquiétante dégénérescence sociétale…
— « Chelsea, ça y est, c’est une grande, elle a 7 ans et demi, se réjouit Jazz. Elle comprend tout, elle a vraiment envie de faire partie de ce show. »
Le show, diffusé sur TFX et TF1+, s’appelle JLC family. JLC pour Jazz et Laurent Correia, deux stars de télé-réalité devenus influenceurs à Dubai, connu pour son décor clinquant et son absence d’impôts.
Sur le modèle de L’incroyable famille Kardashian, JLC family consiste à filmer le quotidien du couple et de leurs quatre enfants dans leur luxueuse villa.
— « Tu voudras mettre un micro comme maman ?, demande Jazz à Chelsea.
— Ouais.
— OK, on va te le mettre. Regarde, un petit micro pour toi. »
Un technicien accroche un micro-cravate à sa robe de princesse. « Ça y est, t’es une grande, t’es plus un bébé. » Un produit commercial, comme papa et maman.
« Là, ça y est, c’est officiel, la JLC family a repris, ça tourne. »
Une septième saison après trois ans d’absence : Jazz a subi « une énorme dépression. J’étais enceinte et mon mari voulait partir ». Depuis, tout s’est arrangé. « Laurent et moi, on est dans un nouveau départ. C’est comme si on était un re-couple. » « Je me sens apaisé, confirme Laurent. On a bâti énormément de choses en peu de temps, on a eu des enfants, on a construit un empire, on a construit un business. »
Il n’en précise pas la nature, mais, sous le nom de Laurent Billionaire, il s’est lancé dans le copy trading, technique financière qu’il promeut sur les réseaux pour inciter ses abonnés à placer leur argent dans des investissements très risqués. Jazz, de son côté, a vu son compte Snapchat suspendu pour des placements de produits liés au trading.
Le collectif d’Aide aux victimes des influenceurs (AVI) a porté plainte pour « escroquerie en bande organisée » et réclamé en vain au groupe TF1 l’arrêt de l’émission, vitrine idéale pour les très lucratives activités de ses héros.
Médaille du placement de produit
— « Moi, je vais à un shooting photo, annonce Jazz.
— Ça veut dire quoi ?, demande Chelsea.
— Tu sais, quand t’achètes des magazines, y a des photos de jolies dames. Ben maman, elle va faire les photos pour être dessus. Qui veut venir avec moi ?»
Cayden s’enfuit, poursuivi par un cameraman.
— « Je veux pas venir », confie-t-il à sa mère. Celle-ci s’attendrit :
« Je trouve ça trop mignon qu’il veuille me le dire pas devant les caméras, pas devant ma production. » Qui a tout filmé.
Finalement, les enfants restent à la maison, livrés à eux-mêmes ou plus sûrement à des bonnes invisibilisées.
Laurent, de son côté, est victime d’un accrochage avec sa Ferrari.
« Je suis dégoûté, j’ai une grosse passion pour les voitures, c’est pour ça qu’on en a plein ».
Il parvient tout de même à rejoindre Jazz pour son shooting.
« Elles sont jolies, les photos, juge-t-il. J’ai de la chance d’avoir une femme comme ça.
— Ma chirurgie post-accouchement, elle fonctionne ! Passer au bistouri, ça vaut le coup. » Jazz explique :
« Après quatre grossesses, ça m’a perturbée d’avoir de la peau un peu mollasse autour du ventre. Le but du mommy makeover, c’est de remettre ton corps initial ».
Las, TF1 ne l’autorise pas à citer le nom de la clinique ou du médecin. L’une des activités des influenceuses consiste pourtant à vanter contre rémunération de prodigieuses techniques de chirurgie esthétique et de miraculeux cosmétiques.
Retour à la maison où Jazz se mue en influenceuse éducation. Elle réunit ses trois plus grands enfants devant un tableau d’honneur où est évalué leur respect des consignes.
Chaque semaine, une médaille d’or est attribuée au plus sage, qui gagne « un jour spécial avec maman et papa. La première fois, Chelsea était la gagnante, je m’attendais à aller faire du vélo et manger une glace. Mais Chelsea, sa journée spéciale avec ses parents, c’était une limousine pour aller au salon de beauté avec ses copines ». Chelsea est à bonne école.
— Pour le dîner, des mains invisibles ont cuisiné un véritable festin. Jazz se sert deux parts de quiche, London proteste :
— « T’as pas le droit d’en prendre deux. Et pourquoi ? C’est toi qui est fat [gros] ou c’est moi qui est fat ?
— Toi!
— Nan, toi et moi, on n’est pas fat, on est… sexy ! London, tu es fat ou sexy?»
Sexy. Forcément, à 3 ans, London est sexy. « Ya vraiment de l’amour, du partage, savoure Laurent. Parce que faut pas croire qu’on mange tous les jours ensemble ».
D’habitude, ce sont les domestiques qui s’occupent des gosses.
Après l’effort, le réconfort
Au moment du coucher, les enfants enfilent des rollers pour patiner dans la villa. Jazz, débordée, fait appel à Laurent qui, avec son autorité naturelle, couche trois enfants dans le même lit avec une tablette. « Y a encore les caméras, OK, mais on doit quand même dormir. »
Un serviteur dont seul un bras est visible apporte des cocktails aux parents étendus au bord de la piscine.
— « On tchine à la nouvelle saison de la JLC, propose Jazz Qui dit nouvelle saison dit retrouvailles. »
Elle annonce à Laurent la venue d’amis avec lesquels il est fâché
— « Je suis pas sûr du truc. Ça implique pas mal de choses. »
Des altercations qui viendront pimenter le programme.
Samuel Gontier. Télérama N° 3930. 07/05/2025. Rubrique « En léger différé ».
Et il y a des auditeurs pour ce genre de débilité, des gens qui trouvent un certain plaisir à écouter des propos insensés, attirés par le sensationnel plutôt que par la profondeur des idées. Des auditrices auditeurs, qui certes recherchent une forme d’évasion dans ce genre d’émissions télévisuelles, prouvant ainsi que le goût pour l’inintelligible est bien plus répandu qu’on ne le pense.
Les médias, dans leur quête d’audience, alimentent cette tendance, renforçant l’idée que le divertissement primitif peut parfois l’emporter sur le raisonnement critique. MC
C’est moins douloureux qu’une lobotomie et le résultat est identique 😉
Quel monde de crétins !
Comment peut-on perdre son temps devant ces débiles, qui en plus se font du pognon avec les crédules qui se laissent avoir !