Alerte – Désinfos…

Sur des chaînes privées, des auteurs déclarent que le réchauffement climatique n’existe pas, sans être contredits.

Dans la grande foire aux fake news qui sature nos écrans, un sujet surclasse les autres en ce début d’année 2025 : le climat.
Cette médaille d’or inattendue a été décernée par l’Observatoire européen des Médias numériques (Edmo), une plate-forme collaborative qui publie chaque mois le palmarès des thèmes suscitant le plus de désinformation au sein de l’Union européenne.
En novembre, puis en janvier, le climat a explosé les compteurs, d’abord avec les inondations en Espagne, puis à propos des méga feux à Los Angeles – les épisodes météorologiques extrêmes étant devenus, ces dernières années, un puissant attracteur à fantasmes anti-écolos.

Le climatoscepticisme, autrefois porté par quelques francs-tireurs, est devenu une véritable industrie. Médias, réseaux sociaux, youtubeurs et librairies contribuent à la montée des discours dénialistes. Les conclusions du Giec, qui prévoient un réchauffement de plus de 3 °C d’ici 2100, sont désormais ciblées par une offensive mondiale. Aux Etats-Unis, Donald Trump et Elon Musk semblent vouloir plonger le pays dans l’obscurantisme climato-sceptique.

En France, la désinformation climatique circule discrètement, s’immisce dans les discussions et influence l’opinion publique. Pour mieux l’identifier, un groupe d’organisations françaises a conçu un système de « détection automatisée de la désinformation climatique ». Avec l’aide d’une intelligence artificielle, Quota Climat, Data for Good et Science Feedback peuvent « scanner » les discussions sur les principaux médias audiovisuels français et détecter les propos mensongers sur le climat. Ces cas sont ensuite vérifiés. Ce jeudi 10 avril, le collectif publie sa première synthèse pour le premier trimestre 2025, révélée en exclusivité par « le Nouvel Obs ».

Au cours de trois mois, 128 cas de désinformation climatique ont été identifiés, notamment des affirmations « non étayées », « scientifiquement contredites », « manipulatrices par omission » ou « fondées sur des théories invalidées ». Bien que tous les médias soient concernés, les chaînes privées, en particulier Sud Radio et CNews, sont particulièrement problématiques, représentant la moitié des cas. Les « intox » se concentrent surtout sur les solutions pour limiter la hausse des températures, comme l’éolien, le solaire et les voitures électriques.

La remise en question du réchauffement climatique est surtout observée sur Sud Radio, qui a été avertie par l’Arcom pour avoir minimisé le consensus scientifique. CNews a également reçu une sanction. L’Arcom, via Pauline Combredel Blassel, souligne que leur rôle est de s’assurer que les séquences respectent le consensus scientifique sur le climat.

Compte tenu de la montée des gouvernements climatosceptiques, Quota-Climat met en lumière la vulnérabilité des médias traditionnels face à la désinformation sur le climat, notamment pendant les événements géopolitiques.
Par exemple, le 21 janvier sur BFMTV, un représentant de Donald Trump en France a déclaré sur le réchauffement climatique : « On nous a baratinés pendant des années […], il est temps d’arrêter », sans être contredit par les journalistes présents.
Quota-Climat dénonce une « perte de maîtrise de l’antenne », dans un contexte où le temps d’antenne consacré au climat reste très faible : seulement 2 %. Moins on en parle, moins les téléspectateurs sont capables de faire la distinction entre le vrai et le faux.
Dans ce contexte, le « Journal Météo Climat » de France Télévisions est un important contrepoids.

INTOX VIRALES

Les télés et radios ne sont pas les seules responsables de la diffusion des fake news climatiques. Dans les gares SNCF, on voit de grandes publicités pour un livre intitulé : « Il n’y a pas d’apocalypse climatique ». L’auteur, François Gervais, un physicien de 79 ans, en est à son cinquième ouvrage où il répète les mêmes contre-vérités.
L’éditeur, L’Artilleur, a trouvé un véritable filon avec plusieurs dizaines d’ouvrages climato-dénialistes, dont certains se sont écoulés à 20 000 exemplaires. C’est aussi là qu’a été publié « Climat, la part d’incertitude », le best-seller anti-Giec de Steven Koonin, ancien du pétrolier BP et de l’administration Obama. Ce livre, salué par Pascal Praud et « le Figaro », se classe en première position dans les recherches sur le mot « climat » à la Fnac.

Ces auteurs apparaissent sur certaines chaînes privées où, avec un clin d’œil, ils expliquent à des intervieweurs contents que le réchauffement climatique n’existe pas. La publication d’un livre et la présence à la télévision renforcent leur légitimité. Alors que 69 % des Français font confiance aux journaux télévisés pour les informer, les médias traditionnels jouent un rôle central dans la diffusion de ces discours, selon QuotaClimat. Ces idées sont ensuite découpées en clips de deux minutes et partagées sur les réseaux sociaux, devenant virales grâce aux influenceurs TikTok. La bataille, bien sûr, se déroule aussi en ligne.

Le succès de la vidéo récente du « Raptor », youtubeur pro-Zemmour et antiféministe, est frappant avec plus de 905 000 vues. Sous le titre « Réchauffement climatique : décryptage d’une arnaque mondiale », Ismaïl Ouslimani diffuse pendant plus d’une heure un discours dénialiste à une vitesse stroboscopique, soutenu par des articles de presse. Selon David Chavalarias, 30 % des comptes français sur le climat sont désormais dénialistes, produisant trois fois plus de messages que les comptes pro-climat. L’agroclimatologue Serge Zaka rapporte une hausse des attaques en ligne, avec « plus d’une centaine de messages haineux » lors d’incendies ou de canicules, tandis que ses propres messages perdent de viralité à cause d’algorithmes modifiés par Elon Musk.

La voix de la science serait-elle en train de perdre la partie ? La vague de désinformation est particulièrement inquiétante, dépassant la question climatique.
En octobre, un entretien dans « le Point » a frappé les esprits, donnant la parole à Bertrand Alliot, de l’association Action Ecologie, proche de l’extrême droite. Il affirmait que « la biodiversité ne s’effondre pas en Europe », contredisant les conclusions de l’Ipbes.
En janvier, une tribune révélait que quatre-vingts parlementaires de droite demandaient un moratoire sur les subventions aux énergies renouvelables, arguant que le mix électrique français est presque entièrement décarboné, ce qui est faux : la France reste le 20e émetteur mondial de CO2.

Radicalisation de la droite

Une partie de la droite française, influencée par la victoire de Trump, devient le dernier bastion de la désinformation climatique, attaquant des agences scientifiques et critiquant les énergies renouvelables. La droite sénatoriale adopte des positions extrêmes contre l’écologie pour des raisons électorales, selon le sénateur écologiste Ronan Dantec.

Au Palais du Luxembourg, Laurent Duplomb, sénateur LR et proche de Laurent Wauquiez, minimise le changement climatique, déclarant qu’il sera bénéfique pour sa région malgré les conséquences négatives pour le reste de la France. Le climatologue Christophe Cassou critique cette perspective, soulignant l’immoralité de négliger les impacts sur d’autres régions et la menace sur la sécurité alimentaire.

La France, bien que différente des États-Unis, peut connaître des changements rapides en matière de désinformation sur le climat. Des experts, comme Valérie Masson-Delmotte et David Chavalarias, soulignent que la lutte contre le réchauffement climatique est vulnérable aux manipulations, renforcées par des ingérences étrangères et des lobbys.
QuotaClimat met en garde contre la désinformation climatique utilisée par divers acteurs pour servir leurs intérêts.
La situation s’intensifie, notamment avec l’ouverture d’un bureau européen par le Heartland Institute, un think tank conservateur lié à l’industrie pétrolière.


Synthèse d’un article signé Eric Aeschimann et Sébastien Billard. Nl Obs N° 3159 10/04/2025


Une réflexion sur “Alerte – Désinfos…

  1. raannemari 28/04/2025 / 19h20

    Rappelons-nous Claude Allègre…

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