Baston au bord de la mer

U Levante, association corse, vient de perdre un procès contre un aboyeur. C’est qu’il se passe là-bas un affrontement à propos du littoral. Mais présentons d’abord ces grands casse-couilles. U Levante (ulevante.fr) a été créée en 1986, d’abord pour protéger une vallée de montagne, la Restonica, menacée par un projet immobilier. Cette même année, la loi « littoral » est votée à l’unanimité, qui impose quelques menues contraintes aux bétonneurs émérites. Une trentaine d’associations, dont U Levante, rassemblées dans un Collectif pour l’application de la loi littoral (CLL) montent à l’assaut. Qui sera terrible.

En effet, le 18 décembre 2001, un nouveau statut de l’île est adopté par le Parlement, amputé des tentatives d’assouplissement de la loi « littoral ». Déjà. L’État, ferme pour une fois, publie un atlas de la Corse-du-Sud qui place 71 % du littoral sur la liste des « espaces remarquables », a priori inconstructibles. Tête des élus, qui parlent, eux, de « désanctuariser » la Corse. Que vive le tourisme ! Que coule le béton ! Que triomphe la spéculation !

Commencent des décennies de plaintes et de recours qui rendent fous les promoteurs. Même en cas de condamnation, ces derniers font appel, puis tentent la cassation, et il n’est pas rare que s’écoulent quinze, voire vingt ans entre une première décision et un jugement définitif. C’est ainsi que pourront s’édifier sans permis les villas Ferracci, 670 m2 avec piscine. Ou le domaine Murtoli, où 20 ha de terres agricoles ont été changés en terrain de golf sans l’ombre d’une autorisation. Une grande partie de la trentaine de villas du bord de mer ont été bâties illégalement, dont beaucoup bénéficient sur le papier d’une protection maximale, comme les zones Natura 2000. Petit détail sans importance : en 2015, le bon Sarkozy vient y passer des vacances avec Madame.

Revenons une seconde à l’affaire Pierre Ferracci, copain comme cochon avec Macron. En 2008, le P-DG du groupe Secafi Alpha fait donc construire deux villas et, à la suite d’une course de fond judiciaire pleine de rebondissements, parvient à échapper à la destruction des bâtiments. Comme on est en Corse, on voit les communistes locaux voler à son secours dans un journal du parti, Terre corse. Jean-Paul Luciani y défend une « famille honorable » contre « cette vieille technique de mise au pilori qui « jette aux chiens » l’honneur d’une famille ». U Levante est présentée comme « le bulldozer des réputations ».

L’affaire du jour est ressemblante. En 2011, Julien Peretti décide de construire une série de « bergeries » au bord de la mer. En fait, des petites villas touristiques, et par la grâce de permis de construire qui seront jugés illégaux. U Levante est au tribunal dès 2012, et le dossier, comme tant d’autres, s’enlise. En 2023, la cour d’appel confirme la destruction des « bergeries ». Et alors, Gabriel-Xavier Culioli, GXC pour ses amis, explose.

C’est lui aussi un homme de gauche, ancien de la Ligue communiste de Krivine, mais ces fantaisies n’ont pas cours ici. Dans le Journal de la Corse, il écrit un article un poil délirant dans lequel il attaque lui aussi U Levante, accusée de « s ‘en prendre à la terre de nos morts » et de « ne plus rien respecter de sacré (1) ». Explication : le domaine de Peretti est très ancien et abrite un cimetière familial. Peut-être – peut-être – méritait-il un autre sort, mais tel n’est pas le problème. Culioli se déchaîne sur les réseaux sociaux, où il poste des centaines de messages dans lesquels il accuse U Levante et ses membres d’être des « délateurs », des « collabos », des « escrocolos », des « cinglés », des « grosses mouches répandant la mort sur leur passage ». Or que fait-on aux mouches ?

U Levante l’attaque en diffamation, et vient de perdre au tri­bunal, le 17 décembre dernier. Mais il y a encore autre chose : en novembre, Julien Peretti a posté une vidéo qui accuse des proches d’une responsable d’U Levante de racket (2) Ils seraient venus lui réclamer une forte somme en échange d’un abandon des plaintes. Peretti a l’air sincère, et il faut espérer que toute la lumière sera faite. De son côté, l’association a déposé plainte contre Peretti pour « diffamation, menaces et incitation à la haine ».

Reste la certitude de ce si lourd dossier : sans U Levante, les bétonneurs associés feraient (toute) la loi.


Fabrice Nicolino. Charlie Hebdo. 29/01/2025


  1. tinyurl.com/ymjxb8sc
  2. youtube.com/watch?v=-NOOAR6T2P1Q

2 réflexions sur “Baston au bord de la mer

  1. raannemari 07/02/2025 / 18h20

    Il paraît, mais je dois certainement me tromper, que tous sont égaux devant la loi.
    Quelle blague.

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