À quoi sert l’ADEM

Une agence à démantelée pour certains, vitale pour d’autres en tous cas utile pour l’écologie.

Un an après une annonce spectaculaire de soutien de l’État à un projet de décarbonation d’ArcelorMittal à Dunkerque, la situation a basculé. Le ministre de la Transition écologique, Christophe Béchu, avait salué ce projet comme une avancée majeure pour réduire les émissions industrielles. Sylvain Waserman, président de l’Ademe, représentait alors l’agence chargée de mener la transition écologique. Cependant, un an plus tard, ArcelorMittal a retardé son projet, et l’Ademe fait face à des critiques virulentes. Des membres de la droite, notamment Gérard Larcher et Valérie Pécresse, remettent en question l’efficacité et l’utilité de l’agence, appelant même à sa suppression dans un climat budgétaire difficile. Cette remise en question soulève des doutes quant à la stratégie d’écologie et aux dépenses publiques.

Note virulente

La « chasse à l’Ademe », initiée par le Rassemblement national à l’automne, a soulevé des critiques sur l’agence, jugée coûteuse. Bien que des amendements pour supprimer l’Ademe aient été rejetés, son efficacité et son budget, supérieur à ceux d’autres opérateurs de l’État, continuent d’attirer l’attention. L’Ademe, avec 1 050 employés et un budget de 3,4 milliards d’euros, finance principalement des projets de décarbonation, notamment à travers le fonds chaleur. Ce dernier vise à réduire les émissions de CO2 en remplaçant les chauffages à gaz. Malgré les inquiétudes, l’Inspection générale des Finances a confirmé une gestion satisfaisante de l’agence.

En finir avec les « doublons ».

Pourquoi demander, comme Valérie Pécresse, de donner le budget de l’Ademe aux régions ? Un proche explique : « Elle veut profiter de l’arrivée de Bayrou à Matignon pour obtenir un acte fort de décentralisation. Elle pense que la région est le meilleur niveau pour faire de l’écologie. » Pour l’ex-candidate à la présidentielle, c’est aussi un moyen de faire des économies en supprimant « tous les frais fixes et structure ». Pourtant, un responsable de l’Ademe répond qu’il est plus efficace d’avoir un pôle d’expertise nationale plutôt que plusieurs experts dans chaque région.

Valérie Pécresse souligne également les « doublons ». Selon elle, beaucoup de projets financés par l’Ademe le sont aussi par la Banque des Territoires et par les régions. Mais, évaluer la faisabilité technique d’un projet ou sa pertinence locale nécessite des compétences différentes. En Île-de-France, sur 516 dossiers engagés en 2024, seulement 17 % sont cofinancés avec la région. Un autre dirigeant conclut : « Ne soyons pas naïfs, Valérie Pécresse veut juste récupérer l’argent de l’agence pour faire ce qu’elle veut ! »

De plus, certains choix de l’Ademe déplaisent à droite. L’agence défend la sobriété, ce qui n’est pas du goût de ceux qui prônent la croissance à tout prix. L’Ademe a été créée en 1974 pour promouvoir l’efficacité énergétique, puis a évolué pour répondre aux défis de la transition écologique, comme le climat et la biodiversité. Ses initiatives, comme son site Longuevieauxobjets.gouv.fr pour le réemploi, montrent son engagement. Une campagne publicitaire met en scène un vendeur qui encourage un client à… ne pas acheter ! Ces publicités ont suscité des critiques, mais aussi des soutiens, comme celui de Christophe Béchu. Un cadre de l’agence plaisante : « Parfois, les ministres s’appuient sur nous pour faire passer des messages qu’ils ne peuvent pas porter eux-mêmes. »

Écologie-bashing

En 2015, l’Ademe fait face à des critiques majeures après avoir publié un scénario énergétique 100 % renouvelable pour la France d’ici 2050, excluant l’énergie nucléaire, ce qui alimente une perception anti-nucléaire de l’agence. Malgré les efforts pour clarifier ses missions, certains dans la droite politique exploitent ces critiques pour renforcer leur position. Les inspecteurs de l’IGF appellent à une meilleure définition des rôles de l’Ademe et à un renforcement de ses capacités, notamment en matière de recrutements, alors que l’agence a dû embaucher 400 intérimaires pour compenser un manque d’effectifs permanents. L’Ademe joue un rôle clé dans la réduction de la dépendance aux énergies fossiles, tout en contribuant à la compétitivité économique du pays, un aspect souligné par Benoît Leguet de l’I4CE.


Morgan Bertrand et Sébastien Billard. Le Nouvel Obs (Synthése-exrraits). N° 3149. 30/01/2025


2 réflexions sur “À quoi sert l’ADEM

  1. bernarddominik 08/02/2025 / 13h57

    Oui supprimer l’ademe et confier son budget aux régions serait plus efficace. Demander une subvention à l’ademe est un parcours du combattant. De plus les règles de l’ademe sont parfois absurdes et causes de surtout inutiles

  2. Danielle ROLLAT TATCHOU 92 09/02/2025 / 19h16

    Madame Pécresse n’a peut être pas tort… mais…

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