L’impératif du budget

Mon style de négociation est assez simple et direct. Je vise très haut, puis je continue de pousser, de pousser et de pousser pour obtenir ce que je recherche » : c’est ainsi que Donald Trump,45e et bientôt 47ᵉ président des États-Unis, définit son « art du deal » dans un livre tout à sa gloire.

Sans doute les dirigeants socialistes qui monnayent ces jours-ci un potentiel « accord de non-censure » avec le gouvernement Bayrou dans la perspective de l’adoption d’un budget de l’État et de la Sécu pour 2025 sont-ils tentés, eux aussi, de maintenir une pression maximale pour obtenir ce que le premier secrétaire Olivier Faure a appelé « des concessions remarquables » après sa première entrevue avec le ministre de l’Économie et des Finances Eric Lombard, financier rocardien choisi par François Bayrou pour traiter avec les socialistes.

Le suspense devrait être de courte durée. « Il faut un budget à la France », reconnaît Faure. Un terrain d’atterrissage doit être délimité avant la déclaration de politique générale prévue le 14 janvier, et déjà menacée par le dépôt d’une motion de censure de La France insoumise. Sans « avancées » énoncées par le chef du gouvernement au Palais-Bourbon, les députés socialistes menacent de s’y joindre.

Mais ces élus qui se proclament responsables peuvent-ils vraiment se l’autoriser ?
Le sort du gouvernement de centre droit soutenu par le « socle commun » dépendrait alors de nouveau des élus RN menés par Marine Le Pen.
Cette dernière aurait le choix de censurer le gouvernement immédiatement — ce qu’elle semble exclure pour l’instant — ou après le débat budgétaire, provoquant ainsi une crise propice à la « transition politique » qu’elle appelle de ses vœux…

Les républicains des deux bords n’ont donc pas d’autre option que de s’entendre a minima. Sous l’œil suspicieux des marchés financiers et des instances européennes, la troisième mouture du projet de loi de finances pour 2025 doit aboutir impérativement à une réduction du déficit public, qui a atteint 6,1 % du PIB en 2024.

Après l’échec de Michel Barnier, Bercy s’est autorisé à desserrer un peu l’étau : l’effort financier ne sera que de 50 milliards (contre 6o envisagés en octobre) pour atteindre 5 % ou 5,5 % de déficit (le plus élevé de la zone euro !) et tenter de préserver une croissance chancelante.

Que peut espérer la gauche dans ces conditions ? Un nouvel emballage des hausses d’impôts prévues par l’équipe Barnier. La surtaxe sur les bénéfices des sociétés et l’impôt minimal de 20 % pour les plus gros contribuables ont été ajournés par la motion de censure votée par le NFP.

Une divine surprise pour les grandes firmes et les Français les plus fortunés, qui ont échappé ainsi à une année de ponction en vertu de la non-rétroactivité des lois.

Il s’agit désormais de bricoler d’autres dispositifs. Pour satisfaire la demande de « justice fiscale » des socialistes sans grever l’activité, Eric Lombard et François Bayrou pourraient y ajouter une hausse de la « flat tax » sur les revenus de placements. Et en matière de « justice sociale », renoncer à deux mesures d’économies décriées : la suppression de 4 000 postes d’enseignants et le déremboursement de certains médicaments, déjà abandonné en décembre sous la pression de Marine Le Pen.

Selon le PS, la conclusion de ce deal dépend aussi de la suspension de la retraite à 64 ans assortie d’une conférence sociale de renégociation d’ici à l’été. Un scénario esquissé par François Bayrou. Hautement symbolique, le moratoire reste cependant dur à avaler pour la macronie et la droite.
Et risque, s’il est adopté de constituer une victoire en trompe-l’œil pour une gauche sommée de définir en six mois de nouveaux moyens de financement du régime général. Même en tenant compte du report de l’âge légal, « le déficit du système de retraites devrait se creuser » d’ici à 2030, prévient Gilbert Cette, président du Conseil d’Orientation des Retraites (COR).

Tous ceux qui guignent le pouvoir en 2027 devraient y songer. Pourquoi s’imposer, sitôt élu, la responsabilité d’un inévitable tour de vis sur les retraites ? Fort de son expérience et toujours opportuniste, l’ancien président de la République François Hollande se contente de demander « une correction » de la réforme de 2023. Rien de plus.


Sylvain Courage. Nouvel Obs N°3146. 09/01/2025


Une réflexion sur “L’impératif du budget

  1. bernarddominik 13/01/2025 / 11h34

    Quand la croissance dépend de l’endettement c’est qu’on fait le choix du pire: sacrifier nos enfants à la facilité de vivre au dessus de nos moyens. Macron refuse de revenir sur ses cadeaux fiscaux au nom d’une reindustrialisation par l’investissement étranger qui s’avère un échec. Alors il ne reste qu’une solution reprendre la maîtrise de nos banques pour qu’elles investissent en France.

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