Marseille – Rue d’Aubagne.

Exploiteurs par ci et par là…

Le 5 novembre 2018, au matin, un bâtiment de cinq étages, situé au numéro 65 s’est effondré, entraînant la mort de huit personnes en quelques minutes. Deux autres bâtiments, situés aux numéros 63 et 67, mais heureusement inoccupés, se sont également écroulés.

Depuis les années 1950, ce bâtiment fissuré, était bien connu des habitants du quartier de Noailles, en centre-ville, pour son état de délabrement avancé.
Pourtant, ni la mairie, ni l’office HLM (propriétaire du 63), ni le syndic, ni les copropriétaires n’ont tiré la sonnette d’alarme.

D’écœurante déclarations entendues au tribunal qui, depuis le 7 novembre 2024, se penche sur l’affaire de l’immeuble de la rue d’Aubagne à Marseille.
Aucun responsable n’est désigné dans ce procès, malgré une négligence criminelle qui s’est étendue sur plusieurs décennies.

Le 21 novembre, l’apogée du cynisme a été atteinte avec la comparution de Xavier Cachard, ancien vice-président (LR) de la région et propriétaire d’un des logements délabrés du 65, tout en étant avocat du cabinet Liautard, le syndic de copropriété chargé de motiver les propriétaires à financer l’entretien de l’immeuble. À plusieurs reprises, Cachard — qui n’est pas poursuivi — a ralenti les mesures de sécurisation des murs.

Dès 2015, il écrivait à un expert du bâtiment pour expliquer comment retarder les travaux, concluant : « Nous en reparlerons d’ici deux à trois ans. »

En octobre 2017, un an avant le drame, il réitérait : « Monsieur l’Expert, si vous pouviez éviter de déclarer un péril imminent, ce serait fort apprécié… ». Au tribunal, il a qualifié d’« indécent » le fait d’être mis en cause, avant que le président ne lui rappelle où résidait l’indécence dans cette affaire.
D’autres acteurs ont également abusé de leur position. Un des experts désignés pour analyser la catastrophe était l’architecte mandaté six ans auparavant pour réhabiliter l’un des trois bâtiments. Un expert judiciaire ayant étudié l’immeuble voisin avait aussi conseillé le cabinet Liautard, syndic du 65, etc.

Des décennies de négligence, alors que les signes avant-coureurs de l’effondrement étaient évidents.
Les locataires ont inondé propriétaires et mairie de photos et vidéos montrant portes bloquées, murs désolidarisés des planchers, affaissement des fondations, et autres signes inquiétants. Malgré cela, les experts ont rédigé neuf rapports en treize ans sans sonner l’alarme.

En octobre 2018, un arrêté de péril imminent a été émis par la mairie, et les habitants ont été évacués. Cependant, le syndic les a autorisés à revenir, bien que les travaux de renforcement n’étaient pas terminés. Six jours avant l’effondrement, le syndic a rassuré les habitants, affirmant qu’il n’y avait « aucun danger grave » à part au premier étage. Voilà, voilà…

Le procès, qui secoue Marseille, est avant tout celui de cinquante ans d’inaction municipale face au logement insalubre.


Rédigé d’après articles recoupés dont celui de JF Julliard (Canard)


Une réflexion sur “Marseille – Rue d’Aubagne.

  1. bernarddominik 02/12/2024 / 19h57

    Après un ou deux siècles d’inaction les pouvoirs publics découvrent l’habitat insalubre et se met à légiférer à tout va, quitte à jeter à la rue un bon million de locataires. Mais quand vous heritez d’un immeuble insalubre entièrement loué, que vous devez reloger à vos frais les locataires pour le rénover et qu’en plus les banquiers vous refusent le crédit, et que personne ne veut racheter ce sac d’embrouilles, vous vous retrouvez jeté en pâture aux médias comme monstre. Je connais quelqu’un à qui c’est arrivé. C’est nos lois nos méthodes de financement qui sont la première cause de ces catastrophes, mais personne ne veut regarder les problèmes réels en face.

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