La soirée était silencieuse. À peine si, à travers les épais rideaux fermes des fenêtres, le bruit d’un roulement de voiture, de loin en loin, montait.
Mésange était là… hypnotisée par les mains de Fernand, qu’il avait telles qu’elle les aimait… longues, moelleuses et fines, les doigts ronds, effilés, les ongles durs, brillants et bombés, dont Mésange avait fait une toilette minutieuse pendant les sommeils profonds du blessé… Que ces mains lui plaisaient ! Comme elle en pressentait la joie sur sa chair d’amoureuse, le frisson sur sa nuque !… Comme elle en devinait les timidités impatientes, les indiscrétions, les caresses lentes, les souplesses chaudes et moites, les contacts affolants !…
Car, il y a des mains d’amour comme il y a des chairs d’amour, des mains si voluptueuses ! et doigts voluptueux sont les baisers du bout des bras… des mains froides aussi… des mains gaies, tristes, grotesques, comiques, tragiques ! poilues velues comme des araignées et des pattes ! des mains spirituelles et mains bêtes, bonnes et chipies, et sympathiques et antipathiques des mains si tendres !… et des mains si dures ! des frôleuses et des chastes, des mains combattantes, des mains résignées de victimes, dolentes et des, comme celles de la statue d’Élisabeth d’Autriche, à Salzbourg ; des mains de croix, des pauvres mains de martyre qui pressent le clou, des mains si faibles, si pitoyables qu’elles auraient dû désarmer les doigts féroces, formidables et fermés, les doigts bougeurs des assassins et des marlous…
Yvette Guilbert – Extraits de « La Vedette » (1902)