Premières escarmouches lundi 10 sept 2024 à l’Assemblée sur un projet de budget 2025 à nul autre pareil.
Exercice surréaliste lundi 09 sept 2024 à l’Assemblée nationale : les députés de la commission des finances entendent deux ministres démissionnaires, Bruno Le Maire (Économie) et Thomas Cazenave (Budget), ce dernier étant en même temps député et membre de cette commission des finances, sur un brouillon de projet de budget bâclé avec un mois de retard…
La faute à la dissolution et aux cinquante jours nécessaires au président de la République pour nommer un nouveau gouvernement. Le Premier ministre démissionné, Gabriel Attal, a cependant bouclé le 20 juillet un projet reconduisant pour l’essentiel le budget de cette année délesté de dix milliards d’économies. Avec l’objectif maintenu d’un déficit ramené à 3 % en 2027.
Mais dix jours plus tard, les ministres démissionnaires ont admis un fort dérapage du déficit dès cette année (5,6 % au lieu de 5,1%), confirmé l’année prochaine (à 6,2 %). L’objectif des 3 % est « caduc », en a conclu le premier président de la Cour des comptes, Pierre Moscovici. Cela d’autant que la croissance restera atone cette année, selon l’Insee (lire par ailleurs).
La pression du calendrier
Que peut décider dans ce contexte le Premier ministre Michel Barnier ? Il est pour l’heure assez flou sur ses intentions, promettant juste de « dire la vérité sur la dette », de « faire des économies » ou d’être « attentif à la justice fiscale ».
II est pourtant sous contrainte du calendrier. La Commission européenne a certes accepté de patienter avant de connaître les intentions de la France. Mais les parlementaires insistent pour recevoir un projet de budget en bonne et due forme le mardi ler octobre, comme le prescrit la loi. Sauf que Michel Barnier n’envisage de dévoiler son programme (et son financement) que « début octobre », lors d’une déclaration de politique générale devant le Parlement.
Dernière note surréaliste : le nouveau Premier ministre a promis « changements et ruptures », mais choisi pour directeur de cabinet Jérôme Fournel, qui tenait déjà ce rôle auprès du ministre démissionnaire de l’Économie, Bruno Le Maire…
Contexte ► Fragile croissance
L’économie française devrait croître de 1,1% cette année, estime l’Insee : après un petit 0,2 % au deuxième trimestre, la croissance serait de 0,4 % au troisième (dont 0,1 % dû aux Jeux olympiques) et -0,1 % au quatrième. En cause, « les incertitudes politiques » freinant la volonté d’investir des entreprises et une économie allemande « au bord de la récession » : Une bonne nouvelle, cependant : la reprise en juillet de l’investissement des ménages dans le logement neuf, reprise confirmée en août, que devrait conforter la baisse des taux attendue jeudi de la Banque centrale européenne.
Francis Brochet. Le Dauphiné libéré (lecture libre). 10/09/2024
Barnier va t il rétablir la taxe d’habitation ? En tout cas il a discrètement annoncé une hausse des taxes sur l’énergie, profitant de la baisse des cours du pétrole et de l’électricité.