L’AP-HP fait le coup de la panne à ses patients

Le plantage informatique géant qui a duré tout le week-end des 3 et 4 août à l’Assistance publique-Hôpitaux de Paris est dû à une rupture d’alimentation électrique qui a bousillé les microprocesseurs. En cause, l’entreprise Global Switch, déjà victime d’un incendie en 2023 affectant Google et EDF.

A la direction de 1 ‘AP-HP, on étudie une plainte contre la boîte française. Messagerie interne, applications professionnelles et téléphones étaient en carafe dans les 38 hôpitaux du plus grand CHU d’Europe.

Pourquoi les données hébergées par les data centers ont-elles été placées « au même endroit » et « pourquoi les dispositifs de secours n’ont-ils pas fonctionné » ? questionne auprès du « Canard » une source ministérielle. Et de déplorer que 1 ‘AP-HP ait laissé « [ses] personnels dans le flou trop longtemps samedi. Il faut en finir avec cette culture du secret, qui ne facilite pas la réactivité ».

Frédéric Valletoux, le ministre de la Santé, a appris la nouvelle, car des médecins appelaient son dircab pour se plaindre du bazar. Ce dernier a ensuite contacté Nicolas Revel, le patron de 1 ‘AP-HP, pour lui demander des explications. La France, championne olympique du relais !

Informatique toc

Sur le terrain, les soignants tiraient la langue. Mais, à en croire Valletoux, la panne était « sans impact sur la sécurité des patients et la continuité de l’offre de soins » (X, 3/8). Une maladresse qui a compensé le silence radio de Revel, porté disparu sur les réseaux sociaux depuis sa déclaration sur les JO, « presque une situation rêvée pour les urgentistes » (« lequotidiendumede­cin.fr », 1/8). Il avait piscine ou BMX ?

Sorties anticipées, renvoi des patients vers les maisons de garde, déprogrammations… l’épreuve a été sportive. Des services d’urgences pédiatriques ont frôlé la catastrophe. Sans informatique, les soignants ont été contraints de renoter « de tête » les prescriptions de tous les enfants faites la nuit. Du coup, pesée générale afin de vérifier si les dosages étaient les bons…

Touchés également, les labos de biologie. Ils ne pouvaient plus communiquer automatiquement les résultats. De quoi faire des erreurs, comme ce biologiste qui s’est trompé de patient en transmettant les résultats bactériologiques d’un autre. Les malades étaient aussi priés d’apporter leur dossier médical, celui-ci étant indisponible à l’hosto. Et bientôt leurs propres pansements ?

Dimanche soir, les résultats d’imagerie étaient transmis via les téléphones portables des soignants. Vive la sécurisation des données ! À l’Hôtel-Dieu, les JO compliquant l’accès des coursiers, l’administrateur de garde a pressé les infirmières d’apporter les prélèvements biologiques en RER à l’hôpital Cochin, qui peut les analyser.

L’AP-HP se félicitait, lundi, du « redémarrage progressif des systèmes d’information », mais… les résultats d’examen ne pouvaient toujours pas être envoyés. Et les applications permettant la mise en œuvre des chimiothérapies n’étaient pas encore restaurées mardi. « Quand même, la résurrection du système informatique au troisième jour… » se marre un pédiatre. Les voies de l’ordinateur sont impénétrables.


Fanny Ruz-Guindos et Louise Colvert. Le Canard enchaîné. 07/08/2024


2 réflexions sur “L’AP-HP fait le coup de la panne à ses patients

  1. bernarddominik 13/08/2024 / 9h19

    Je dirais un classique du genre. De plus en plus les décideurs sous traitent pensant payer moins cher. Mais rien ne remplacera le salarié informaticien qui connaît par cœur l’entreprise et à tout intérêt à prendre toutes les précautions car il n’est pas un anonyme

  2. tatchou92 13/08/2024 / 23h04

    On ne joue pas avec la santé des patients hospitalisés, de ceux qui potentiellement pouvaient être admis en urgence.. on doit aussi protéger le personnel, et sans doute aussi revoir les journées de 12 heures de travail. Heureusement que la Police veillait sur la sécurité des Jeux, des sportifs et des spectateurs..
    Etonnant que la grande majorité des journeaux se soit écrasée.. tout comme la Tv : il ne fallait sand doute pas affoler le chaland..
    S’ils pensaient faire des économies en soustraitant… et en supprimant des personnels… pas de chance..
    Vu l’énorme bazar, il serait bien de « ne pas mettre tous les oeufs de l’AP-HP » et d’autres « dans le même panier ».. et comme disait mon Père « il faut être pris, pour être appris » (expression locale).

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