Une « vitrine » inoubiable…

… à la benne à ordures

En 2020, la France fanfaronne devant son pavillon de l’Exposition universelle de Dubai. Un bijou de 5000 m2 à 36 millions d’euros, bardé de tuiles photovoltaïques et présenté comme un modèle d’écologie. Thomas Pesquet en est le parrain officiel. Vertueux, ce bâtiment est démontable et remontable, comme un meuble Ikea ! Il est même prévu qu’après son exploitation, d’octobre 2021 à mars 2022 aux Emirats arabes unis, il atterrisse à… Toulouse. Le Centre national d’études spatiales (Cnes) a mis 3,7 millions d’euros sur la table pour le récupérer et agrandir son campus.

Las ! l’édifice a bien été démonté pour un coût de 2,2 millions d’euros, et il a bien été rapatrié à Toulouse contre la somme astronomique de 800 000 euros… Mais il s’est avéré impossible de le remonter, en raison du mauvais état des pièces récupérées. Le 4 juin dernier, les 870 tonnes de ferraille et les 47 tonnes d’aluminium de la structure ont donc été vendues aux enchères par le Cnes. A la benne, la « vitrine inoubliable » ! La faute à qui ?

Mécano future

L’entreprise Besix, qui avait monté le pavillon en collaboration avec l’architecte, a été dessaisie du marché de démontage. Une décision prise par souci d’économies par la Cofrex, la Compagnie française des expositions, une boîte créée par Macron en 2018 pour s’occuper de la participation de la France aux expos internationales.

Or le démontage d’une telle structure répond à une méthodologie extrêmement précise. « Ce n’est pas du mécano », fulmine Jean-Luc Pérez, l’architecte du bâtiment, qui a refusé de réceptionner l’ouvrage. Le Cnes, lui, a suspendu ses paiements à la Cofrex après avoir tout de même réglé les deux tiers de la facture.

Curieusement, dans ce dossier de démontage raté, personne ne s’est fait démonter ! Aucune contestation au tribunal, aucune sanction interne. Et pour cause : c’est le contribuable qui paie ! La Cofrex, qui, après l’arrêt des paiements du Cnes, a constaté dans ses finances un trou de 1,67 million d’euros, s’est tournée vers Matignon pour réclamer une rallonge exceptionnelle. Ce qu’elle a obtenu à la fin de novembre 2023.

C’est pratique d’être une boîte privée à capitaux publics !


Yann Voldoire. Le Canard enchaîné. 12/06/2024


2 réflexions sur “Une « vitrine » inoubiable…

  1. tatchou92 17/06/2024 / 14h02

    pas grave..
    les salariés travailleront plus longtemps avant de partir en retraite si…,
    les chomeurs seront moins indemnisés si..
    les fermetures de classes continueront si..
    on fermera un peu plus de lits si..
    les retraités attendront la rallonge si…
    vite de l’air frais contre…

  2. bernarddominik 17/06/2024 / 20h19

    Très révélateur des méthodes de Macron. Les économies qui s’avèrent des gouffres financiers, comme la vente et le rachat d’Alsthom, d’EdF…

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