Tomber dans le panneau

Le lobby de l’agrivoltaïsme peut dire merci à Macron.

Grâce à un décret entré en vigueur le 9 mai 2024, les énergéticiens vont enfin pouvoir réaliser un vieux rêve : recouvrir les champs de panneaux solaires. « France Agrivoltaïsme salue l’esprit d’écoute de l’ensemble des parties prenantes durant ces neuf mois de discussions », dixit le communiqué de l’association de lobbying créée par les industriels du photovoItaïsme.

Décidément, le courant passe bien avec l’Élysée. En novembre 2023, les centrales photovoltaïques ont été exclues de la réglementation contre l’artificialisation des sols. Vu le coût du foncier agricole, c’est en effet moins compliqué et moins cher de planter des panneaux photovoltaïques dans des champs que de les installer sur les toits ou les parkings en zone urbaine. Encore fallait-il, pour doper le rendement, pouvoir concentrer le maximum de plaques solaires.

Quelques mois plus tard, nouveau coup de jus à l’agrivoltaïsme : le Parlement vote comme un seul homme la loi relative à l’accélé­ration de la production d’énergies renouvelables, voulue par le gou­vernement (« Conflit », 1/2/23).

Objectif affiché : multiplier par dix les capacités de production d’énergie solaire tricolore, pour dépasser les 100 GW (l’équivalent de 100 réacteurs nucléaires) installés à l’horizon 2050. Désormais, grâce au décret d’application de ladite loi, jusqu’à 40 % d’une parcelle cultivée pourra être tapissée de rectangles photovoltaïques.

Seule petite entrave pour les énergéticiens : au nom de notre souveraineté alimentaire, les agriculteurs doivent pouvoir continuer de cultiver ou de faire paître leur bétail sous les panneaux.

C’est là que le bât blesse. Selon les calculs de l’Institut national de recherche pour l’agriculture, l’alimentation et l’environnement (Inrae), 40 % de couverture occasionne 40 % de baisse du rendement en raison des pertes agricoles engendrées par la diminution de la luminosité.

L’Inrae recommande de ne surtout pas dépasser un taux de couverture de 20 %. « On risque de transformer les agriculteurs en gardiens de parcs photovoltaïques, car cela va devenir plus rentable d’être producteurs de watts que de cultiver ou de faire de l’élevage », avertit Nicolas Fortin, chargé du dossier au sein du syndicat agricole la Confédération paysanne.

Comptez jusqu’à 5 000 euros par hectare pour produire de l’électricité, alors que la même surface de prairie ou de terre labourable se loue au maximum 3 000 euros entre agriculteurs. Selon les estimations de la filière photovoltaïque elle-même, entre 500 000 et 1 million d’hectares auraient déjà été préemptés via des contrats signés avec des agriculteurs.

Pour certains, l’important, c’est de faire du blé avec des watts…


Article non signé lu dans Le Canard enchaîné. 19/06/2024


2 réflexions sur “Tomber dans le panneau

  1. bernarddominik 23/06/2024 / 22h57

    On ne peut pas être pour l’électricité renouvelable et contre les panneaux solaires. A moins de préférer la bougie, pourtant très polluante.

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