« Pause » symbolique à Gaza ?

C’est un symbole, un premier geste face au déluge de bombes et d’obus qui dévaste Gaza depuis huit mois, à la suite du massacre perpétré par le Hamas, le 7 octobre.

Bilan provisoire : près de 38 000 morts (d’après le décompte du ministère de la Santé, contrôlé par le Hamas) et entre 60 et 70 % des habitations détruites (selon l’ONU) …

En accord avec les agences onusiennes, l’état-major de Tsahal a décidé de créer une amorce de corridor humanitaire intermittent, en instaurant une « pause » des opérations militaires de 8 heures à 19 heures sur la route de 10 km menant du principal point de passage de Kerem Shalom à l’hôpital européen de Rafah, qui fonctionne encore.

Objectif : permettre d’acheminer les milliers de tonnes d’aide humanitaire d’urgence qui s’entassent à l’entrée de la bande de Gaza. Une simple « mesure technique », selon le correspondant du « Monde » (18/6)… Mais c’en est déjà trop !

Le Premier ministre israélien, Benyamin Netanyahou, a fait savoir, le 16 juin, que cette pause était « inacceptable » pour lui — il semble qu’il n’ait pas été consulté. Ministre de la Sécurité nationale, le suprémaciste Itamar Ben Gvir venait de tempêter, lui aussi : « Celui qui a pris cette décision est un imbécile et un idiot… »

Partisan d’une guerre totale et illimitée, il enrage de n’avoir jamais pu siéger au cabinet de guerre, que Netanyahou vient de dissoudre dans la foulée, notamment pour éviter de l’y faire entrer, mais aussi parce que cet organe est vidé de sa substance depuis la démission des généraux centristes Benny Gantz et Gadi Eisenkot, le 9 juin…

Un autre symbole, au passage : est-ce un hasard si, après le départ de ces deux anciens chefs d’état-major, leurs successeurs à la tête de Tsahal omettent de prévenir les dirigeants politiques ?

Ces derniers conduisent les opérations et semblent ne jamais assigner d’objectif atteignable. Netanyahou se retrouve seul aux manettes mais toujours sous la pression des ministres nationalistes de son gouvernement, dont Ben Gvir, qualifié de « Premier ministre par alternance » par Eisenkot.

Sous la pression de la rue aussi, désormais, avec ces manifs pour la libération des otages du Hamas à Tel-Aviv et à Jérusalem, tandis qu’un négociateur israélien vient d’assurer que « plusieurs dizaines d’otages sont en vie de façon certaine »…

En attendant, Gaza se meurt. « L’absence d’un système efficace de distribution de l’aide a conduit les Nations unies à affirmer que la population de Gaza était affamée et à accuser Israël d’utiliser la faim comme arme de guerre », rappelle le « Jerusalem Post », repris par « Courrier international » (16/6).

Le gouvernement israélien serre aussi le robinet de l’eau, alors qu’un été caniculaire se profile, en ne livrant que la moitié du fioul nécessaire à la dessalinisation, voire moins encore depuis l’invasion de Rafah, au dire de Munzer Shublaq, responsable du service de l’eau pour les municipalités côtières de Gaza depuis près de vingt ans (« Libé », 16/6).

Les pays alliés d’Israël se contenteront-ils toujours de symboles ?


David Fontaine. Le Canard Enchaîné. 19/06/2024


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