Arnault a fait amende honorable, mais le député LFI ne lâche rien contre le patron qui l’a espionné.
Il n’y a pas que la politique dans la vie.
Le député LFI François Ruffin a assigné LVMH en justice, au civil, le 17 mai. Son objectif ? Faire condamner le groupe de luxe pour atteinte à la vie privée et espionnage. Et mettre un terme à une vieille histoire qui le rend toujours furax.
Entre 2013 et 2016, Ruffin a été espionné à la demande de Bernard Arnault alors qu’il tournait le documentaire « Merci patron ! », dont le héros était, à son corps défendant, un certain Arnault Bernard. Le patron de LVMH met alors les plus fins limiers de France sur le coup — dont l’ex-patron de la DGSI Bernard Squarcini, dit « le Squale », qui va empocher 2,2 millions d’euros pour surveiller le dangereux journaliste, patron dujournal « Fakir »
Ses barbouzes — deux taupes ! – vont jusqu’à infiltre le journal, voler des documents, fouiller les poubélles, suivre Ruffin chez lui, au supermarché ou en pleine pétanque, pour éviter à tout prix que le trublion polémiste débarque aux assemblées générales de LVMH et fiche le bazar.
Ruffin porte plainte en juin 2019.
Le Squale et dix autres personnes — des flics, un magistrat et un préfet — devront s’expliquer, à partir du 11 novembre prochain, devant le tribunal correctionnel de Paris. Mais pas Bernard Arnault, dont le groupe a passé un accord financier avec le Parquet national financier (PNF) pour éviter un procès public. Cette « convention judiciaire d’intérêt public » (CJIP), destinée, en principe, aux affaires de corruption, est rapide, efficace et rapporte des sous aux caisses de 1 ‘Etat.
L’affaire est dans le sac
Après quinze jours de négociation avec le PNF, LVMH a lâché, en décembre 2021, 10 millions d’euros (soit 0,0002 % des 52,1 milliards de son chiffre d’affaires) pour solde de tout compte. Un deal de génie, alors que le montant des amendes peut grimper jusqu’à 30 % du chiffre d’affaires de la boîte mise en cause !
Ruffin fulmine… mais n’a pas son mot à dire. Devant la cour d’appel et la Cour de cassation, il tente le tout pour le tout, et se fait retoquer. La loi n’a prévu aucunrecours contre cette négociation judiciaire, dont il n’est pas partie prenante.
Il lui reste une option : faire reconnaître l’espionnage et l’atteinte à sa vie privée devant la juridiction civile et obtenir 1 euro symbolique pour le préjudice.
Hasard du calendrier judiciaire, les deux affaires — celle, pénale, du Squale, et celle, civile, de l’euro symbolique — seront jugées à Paris en novembre 2024.
Vite, une suite à « Merci patron » !
Article signé des initiales M. B. Le Canard enchaîné. 19/06/2024
Solidaire de François RUFFIN