Dans le viseur du FMI

Il se vantait d’être expert en gestion économique notre « macrounet », voilà la France épinglé par le FMI…

Il y a parfois des coïncidences malheureuses : le 23 mai, Emmanuel Macron accorde à « L’Express » une interview consacrée à la situation économique et budgétaire hexagonale. Tout au long de ces neuf pages qui suintent l’autosatisfaction, un seul leitmotiv, résumé ainsi par l’hebdomadaire en une : « Notre stratégie est la bonne ». Ce même 23 mai, quelques heures plus tôt, les économistes du Fonds Monétaire International (FMI) ont rendu leur verdict sur l’état de la France. Il est sans appel.

Tout commence par cette mise en garde : «  Les hypothèses macroéconomiques [du gouver­nement français] pourraient s’avérer quelque peu optimistes. » Ce point posé, les experts du FMI s’attaquent aux prévisions budgétaires du gouvernement. Et anticipent un déficit public « nettement supérieur » à celui annoncé par Bruno Le Maire. Pire, ils appellent l’exécutif à mettre en place « de nouvelles mesures » dès cette année, s’il veut espérer atteindre son objectif d’un déficit limité à 3 % du PIB en 2027.

Il ne faudrait donc pas se contenter de réaliser 20 milliards d’économies en 2024 puis en 2025, mais au moins 10 milliards de plus. Sinon, « en l’absence de mesures supplémentaires, la dette [française] atteindrait 112 % du PIB en 2024 et augmenterait d’environ 1,5 point de pourcentage par an à moyen terme ».

Le Maire fait l’autruche

Après avoir souligné que la France battait des records en matière de prélèvements fiscaux et sociaux, les experts du FMI suggèrent, non pas d’augmenter les impôts, mais de s’attaquer à des dépenses sociales, par exemple en restreignant l’indemnisation des chômeurs. Tout en limitant les dépenses des collectivités locales, en taillant dans les niches fiscales des entreprises telles que le crédit d’impôt recherche et en créant de nouvelles taxes, notamment sur les carburants et le transport routier, pour financer la transition écologique.

Sans rire, Bruno Le Maire a vu dans le document du FMI une « validation de la stratégie financière et économique du gouvernement » (AFP, 23/5). Si, le 31 mai, l’agence de notation américaine Standard & Poor’s dégrade la note de la France, comme le prévoient beaucoup d’experts, Macron et son ministre de l’Économie y verront-ils une « validation » de leur stratégie budgétaire depuis sept ans ?


Article non signé lu dans Le Canard enchaîné le 29/05/2024


2 réflexions sur “Dans le viseur du FMI

  1. bernarddominik 30/05/2024 / 8h53

    Les cadeaux fiscaux se payent au prix fort surtout aux incapables de gérer les dépenses courantes. Le cice est un gouffre financier inventé par l’enarque Hollande, peut-être conseillé par Macron. L’uberisation voulue par Macron fragilise les comptes sociaux en supprimant des cotisations salariales tout en précarisant les travailleurs, mais ça échappe au FMI.

  2. tatchou92 31/05/2024 / 1h05

    On pourrait peut être déjà cogiter sur le budget déficitaire de l’assurance maladie et de suggestions qui sont faites pour le réduire,
    – comme ne plus prendre en charge les congés maladie d’une semaine….
    – qui évoque le bilan catastrophique de la Caisse Nationale de Retraite des Collectivités Locales et des Hospitaliers ? qui va compenser ? comment ? qui mettra la main à la poche ?
    – pourquoi les pharmaciens sont-ils en grève ?
    – pourquoi les médecins ont-ils manifesté, eux aussi, avant d’être un peu mieux rémunérés.. la note sera-elle plus lourde pour l’assuré social ?
    – bonne santé à vous tous..

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