Réforme des retraites

Tout ça pour quoi ?

Des dizaines de milliers de personnes devant, à la dernière minute, repousser leur pot de départ à la retraite, parfois annu­ler le voyage de toute une vie. Des centaines de milliers d’autres qui voient l’horizon de la retraite, enfin si proche, repoussé de six mois, un an, deux ans… Des manifestations interminables dans tout le pays. Une absence de débat parlementaire. Les « 150 milliards de dette » selon la prête-au-pire Aurore Bergé…

Et tout ça pour quoi ? Pour rien.

Les gains futurs de la réforme, même en retenant l’estimation surestimée du gou­vernement, étaient de 15 milliards par an. Or, rien que cette année, les pensions de retraite, comme elles sont indexées sur l’inflation — contrairement aux salaires, sans parler du traite­ment des fonctionnaires — , ont augmenté de 14 milliards. Tout ça pour rien, donc.

Si je vous en parle aujourd’hui, c’est parce que je reproche souvent aux collègues journalistes de ne pas nous informer de ce que deviennent des législations passées. Or la réforme des retraites a eu 1 an le 20 mars dernier. C’est aussi parce qu’il s’agit d’un très bon exemple de l’incroyable difficulté qu’il y a à diminuer les dépenses publiques.

Même dans notre pays sans opposition parlementaire véritable, où la Constitution donne plus de pouvoir à l’exécutif que dans la très grande majorité des démocraties occidentales, couper dans les dépenses publiques, sociales, c’est difficile. Car en face de ces dépenses, il y a des êtres humains, pour qui ces dernières importent très beaucoup.

Heureusement, dans le brouillard actuel, il nous reste un papy pêchu : François Ecalle, ancien magistrat à la Cour des comptes, obsédé — attention : il y a d’excellentes obsessions — par les finances publiques, les fameuses « fipu », comme on dit à l’Institut National du Service Public (INSP), nouveau nom de l’ENA. Sur son site, Fipeco, il publie des notes indispensables. Ce que ni l’Insee ni Bercy ne sont foutus de faire, en dépit de leurs énormes salaires payés avec nos impôts. Vive le privé, vive la gratuité !

Dans sa dernière publication, « Les dépenses par politique publique en 2022 », le constat du gars Ecalle est double. Un : la France dépense une part plus importante de sa richesse que la moyenne des pays membres de l’Union européenne.

  • Les retraites ? 14,4 % de notre PIB, contre 11,9 % dans les pays de l’UE.
  • La santé ? 12,2 %, contre 10,5 %.
  • Le logement ? 3,5 %, contre 2,6 %.
  • La guerre ? 3,1 %, contre 2,6 %

Oh ! je sais, il y a une très bonne raison derrière chacune de ces dépenses, raison souvent défendue par des professions qui se targuent d’être indépendantes, comme les agriculteurs, ou même « libérales » (on ne rit pas sinon elles se vexent très fort), comme les médecins.

Dans tout ça, la plus grande masse, et de loin, ce sont les retraites : Manu a dit un truc de vrai ! Les retraités ont un niveau de vie moyen supérieur à la population. L’économie française va mal : déficit commercial, chute de la productivité, finances publiques catastrophiques.

Quelle est la responsabilité des retraités dans cette situation ? Aucune. Pourquoi, alors, l’ami François appelle-t-il à un effort de la part des retraités aisés, et seulement de ceux-ci, hein, sous la forme d’une légère sous-indexation de leur retraite sur l’inflation ?

Eh bien, parce que si ce n’est pas eux qui le font, ce sera les salariés, dont le niveau de vie a bien plus chuté que celui des vioques ces deux dernières années. Ce sera les jeunes salariés, aux revenus misérables, qui n’arrivent pas à se loger. Bref, ce serait une mesure de justice sociale minimale.

Mais les retraités constituant LA base électorale de Manu, cette mesure ne sera jamais prise, ou alors une fois que tout le reste — et notamment ce qui aurait permis d’assurer notre avenir, comme l’écologie, l’éducation et la recherche, premières victimes des coupes récentes de barjo Le Maire — aura coulé.


Gilles Raveaud. Charlie Hebdo.  27/03/2024


2 réflexions sur “Réforme des retraites

  1. bernarddominik 02/04/2024 / 7h57

    Quand Gilles Raveaud partira à la retraite peut-être changera t il d’avis. Oui nos retraites coûtent 3% de plus que la moyenne de l’UE mais nous sommes le seul pays où on paie des retraites à ceux qui n’ont jamais ou très peu cotisé. On pourrait aussi regarder le coût de la santé chez nous bien plus chère que la moyenne de l’UE, et alors si on parle du coût de l’état de nos élus des 3 présidents (état parlement sénat) alors l’écart monte jusqu’à 30%. Pourquoi tout coûte plus cher en France? Ça c’est la vraie question.

    • tatchou92 04/04/2024 / 23h15

      -Beaucoup oublient de dire, ou ignorent, car non concernés, que des majorations de pensions existent pour les agents (H et F) ayant élevé au moins 3 enfants ; cela permet notamment aux mères de famille qui ont cessé leur boulot provisoirement, de les élever, avant de réintégrer. Ces majorations n’étaient pas fiscalisées.. Elles dataient, de la Libération, si ma mémoire ne me fait pas défaut..
      -Elles le sont depuis qu’un des derniers Président de la République a choisi d’y remédier… Ma soeur a été directement concernée, ayant élevé 4 filles, la majoration était de 15%. A noter que le total retraite et majoration, ne peut en aucun cas, logiquement, être supérieur au dernier traitement perçu par l’intéressé.
      – Pour ma part, je considère qu’il s’agit d’une remise en cause d’un droit acquis et aussi une première mesure contre les retraités.. ces budgétivores aux yeux de certains.

Identifier vos commentaires ; sinon c'est direction poubelle.