Une alliance qui ne paie pas de Mines

Un partenariat stratégique pour former des diplômés maîtrisant la data et l’intelligence artificielle » : tel est l’objectif de l’accord conclu, le 18 décembre 2023, entre Mines Paris-PSL — l’une des plus prestigieuses écoles d’ingénieurs françaises — et Albert School, qui, sur son site, se targue d’être « la première business school qui donne toute son importance à la data ».

Lune de Niel

Né il y a deux ans à peine, encore inconnu du grand public, cet établissement privé d’enseignement supérieur prétend humblement « réinventer la préparation de ses étudiants au monde de l’entreprise », à travers un « cursus complet, partagé entre l’esprit quantitatif de la data et la culture du sens business, les hard skills et les soft skills » (sic). Quelle habileté !

Une « réinvention » facturée, tout de même, 12 000 euros par an aux élèves durant leurs trois années de bachelor, puis 14 000 euros annuels lors de leurs deux années de master (sauf si alternance, auquel cas le master est gratuit pour les étudiants).

A partir de la rentrée de 2024, les deux écoles proposeront donc, aux tarifs de l’Albert School, deux doubles diplômes en « business et data » : un bachelor (bac + 3) et un master of science de niveau bac + 5. Objectif visé : 400 étudiants diplômés par niveau en France, et le même nombre à l’étranger. Bonjour les pépettes !

« Inédit et innovant », selon le communiqué de presse enthousiaste des Mines, ce « partenariat public-privé » fait pourtant un peu tousser au sein de l’école publique, sous la tutelle de Bercy. « C’est lunaire de s’engager sur un partenariat de dix ans avec une école née en 2022 qui, par définition, n’a pas encore fait ses preuves, s’étrangle un élève.

La première promo d’Al bert School, qui ne compte que 33 étudiants, n’est même pas encore diplômée ! Comment juger du niveau de la formation ? » S’il faut s’arrêter à ce genre de détail…

Le polytechnicien Grégoire Genest, président et cofondateur d’Albert School, a, lui, déjà mérité son 20/20 en « réseautage ». Parmi les actionnaires de sa boîte figurent une flopée de milliardaires : Xavier Niel, qu’on ne présente plus, Bernard Arnault, qu’on présente encore moins, l’armateur Rodolphe Saadé ainsi que les entrepreneurs Jacques-Antoine Granjon (Veepee) et Marc Simoncini (Meetic). Comment ne pas s’associer avec ces bonnes mines ?

Cet attelage de premiers de cordée a, de fait, séduit la direction de l’école d’ingénieurs. Elle a vu la « formidable opportunité » que représentait le projet de partenariat avec Albert School « dans le cadre très contraint des budgets de l’État », dixit un document « strictement confidentiel » du conseil d’administration (CA) de l’école daté du 8 décembre, sur lequel le Volatile a posé la palme.

Autrement dit puisque l’État fait son radin pour nous financer, allons chercher l’argent ailleurs !

Ingénus ingénieurs

D’après ce document, l’École des Mines compte entrer au capital d’Albert School via un apport en nature d’un montant de 4 millions d’euros, représentant environ 8 % du capital de l’école privée.

De son côté, celle-ci versera 150 000 euros par an à l’école d’ingénieurs « en contrepartie de ses actions dans le cadre de la formation initiale ». Pas cher payé pour porter le casque des mineurs.

Quant aux « risques du projet », pointés par le CA des Mines dans sa note, il s’agit « essentiellement de risques d’image » avec, notamment, « un risque de perception de privatisation par les agents ou tutelles de l’école ». Mais qui a bien pu leur mettre cette idée en tête ?


Clara Bamberger. Le Canard enchaîné. 14/02/2024


Une réflexion sur “Une alliance qui ne paie pas de Mines

  1. bernarddominik 18/02/2024 / 17h35

    Étrange que l’école Centrale des Mines ait besoin de cette minuscule école. Il n’y aurait pas de la corruption dans l’air?

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