La lettre du 17 fev. 2024

Patrick Le Hyaric. Source (Courts extraits)

Si les thèses de l’extrême droite infusent largement tous les pores du spectre politique de droite et de la macronie, c’est parce qu’ils correspondent aux nécessités des horloges de la haute bourgeoisie et du grand capital international empêtrés dans des contradictions insurmontables.

Laisser croire que le couple Bardella-Le Pen répond aux problèmes et difficultés des salariè-e-s, n’a pour seul objectif que de trouver un dérivé à la transformation sociale et écologique :

  • refus d’augmenter la rémunération du travail,
  • affaiblissement de la sécurité sociale,
  • chasse aux plus démunis baptisé « assistés » au nom d’une prétendue défense de celles et ceux qui travaillent,
  • mépris et insultes à l’égard des quartiers populaires
  • désignation de l’immigré comme figure de toutes les difficultés,
  • volonté de détruire l’école publique maquillée par le retour de l’uniforme,
  • volonté de supprimer le droit du sol…

Il y a, désormais, derrière tous ces objectifs, des éléments d’un programme commun à la droite radicalisée, à la macronie et à l’extrême droite.

[…]

Certains commentateurs occupant du matin au soir nos écrans expliquent qu’il s’agit pour la droite et la macronie de regagner des électeurs égarés dans le vote en faveur de l’extrême droite. […] Mais l’essentiel n’est pas là.

La validation des thèses de l’extrême droite ici et à travers le monde répond à la nécessité pour les mandataires des puissances d’argent de protéger un système désormais largement rejeté. Il leur faut absolument empêcher l’électorat populaire de construire une alternative sociale, démocratique et écologique.

Cela explique pour une part essentielle le double mouvement à l’œuvre :

  • d’une part une tentative de bipolarisation de la controverse politique entre le gouvernement et l’extrême droite,
  • d’autre part l’écrasement de la gauche, la répression contre les syndicalistes, les tentatives pour discréditer des pans entiers de la culture, l’organisation des divisions au sein du Parti socialiste, la violence des attaques contre La France-insoumise à tout propos, contre les communistes et plus récemment une grande opération contre les écologistes à la faveur du mouvement paysan.

Autant de propos et d’actes irresponsables qui minent la vie la démocratique et visent à empêcher les citoyens d’y participer.

[…]

Quand, lors du premier Conseil des ministres du nouveau gouvernement, le président de la République leur enjoint de ne « pas être des gestionnaires », mais « des révolutionnaires », il ne fait que leur demander d’accélérer la contre-révolution conservatrice.

Après la loi des 64 ans, celle sur l’immigration ou celle qui abaisse les droits des chômeurs, ce sont les fondements de l’école publique qui sont attaqués, le statut de la fonction publique balafrée avec « la rémunération au mérite », la loi Gayssot de solidarité urbaine brûlée, la préparation d’une loi dite « PACTE 2 » engagée pour libéraliser encore plus l’économie en faveur de la rentabilité du capital contre la rémunération du travail, la culture affaiblie et le retour en force des pesticides à la grande joie de l’industrie agro-chimique allemande.

Pour ce faire, le pouvoir veut mettre sous tutelle l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (anses) chargée d’évaluer les risques sanitaires et environnementaux des pesticides. Cette volonté ressemble furieusement à la décision prise par Donald Trump de reprendre en main l’Agence fédérale américaine pour la protection de l’environnement.

[…]

Tout est fait pour plonger le peuple dans un bain idéologique suggérant qu’il n’y a pas d’autre politique possible. Ainsi apparaissent deux termes dans les discours, deux mots revolver : « Le bon sens » et « le réarmement ».

Si tout est de « bon sens », alors il n’y a pas à imaginer d’alternatives au capitalisme. […] le fameux « bon sens » n’est que le mot définitif, pour fermer la porte de l’alternative progressiste à double tour. […]

Un tel déferlement-basculement conduit à mettre en osmose l’argumentaire de toutes les forces politiques missionnées pour protéger les puissances d’argent et leurs bénéficiaires directs qui ont vu leur fortune doubler ces vingt-trois dernières années, à mesure que les inégalités bondissaient. Cela ne rend la situation que plus dangereuse encore, car elle permet à l’extrême droite d’aller au bout d’un projet autoritaire, xénophobe, raciste, voire proto-fasciste […].

Face à un tel déferlement, il y a extrême urgence que la gauche sociale, politique, intellectuelle, mène une contre-offensive et construisent, ensemble, les répliques adaptées à la situation, aident nos concitoyens à se rassembler à partir de leurs intérêts de classe. L’immense majorité de notre peuple qui aspire à de profonds changements doit pouvoir débattre d’un processus de transformation sociale, écologique et démocratique. C’est le seul moyen d’éviter le désastre. 


4 réflexions sur “La lettre du 17 fev. 2024

  1. bernarddominik 19/02/2024 / 8h38

    Je ne partage pas la totalité de cette lettre. Tout système social doit reposer sur la capacité de la société à le financer. La plupart des pays de l’OCDE ont placé la retraite à 67 ans, il y a une raison financière due à l’allongement de la durée de la vie qui impose un équilibre grosso modo 25% études 50% travail 25% retraite. Avec 68 millions d’habitants la France doit se poser la question de sa capacité à nourrir 68 millions de bouches, on peut argumenter tant qu’on veut sur les droits humains si on ne peut nourrir ces 68 millions y rajouter des immigrés est irresponsable à moyen terme.

    • Libres jugements 19/02/2024 / 13h35

      Désolé Bernard de ne pas partager ton analyse, et ce, pour deux raisons.

      La première étant que tu échafaudes une théorie sur des propos non évoquer, ni dans ses principes, ni dans le développement possible d’une autre société que celle du libéralisme à outrance.
      La deuxième, tu évoques les difficultés à nourrir 68 millions de Français et les conséquences qu’apporte-apporteraient les migrations, au prétexte que ces dernières viendraient aggraver les difficultés pour nourrir 68 millions de « bons » français. Voilà l’expression d’un « Racisme latent »… mais alors que faire de celles et ceux des Dom-Tom, Réunion, Guyane, Polynésie, ex-comptoirs de l’Inde, Vietnam, ou d’Algérie française, etc. enfin de celles ou ceux, non « Caucasien »…. Milice de Vichy tu es a nos portes, c’est grave, très grave !!!

      Pour ma part, en me bornant à la lecture de la lettre, je déclare être d’accord avec les principes énoncés… tout en attendant de savoir, si concrètement une telle société solidaire peut voir le jour – en lui excluant tout collectivisme de type marxiste.

  2. tatchou92 19/02/2024 / 23h11

    Je me retrouve pleinement dans ce qu’écrit Patric LE HYARIC.. puisque ce qu’il décrit passe de puis quelques temps : avons nous fait attention ? par exemple :
    – la revalorisation du point d’indice des fonctionnaires s’est fait attendre pendant près de 10 ans…, celui qui était en fin de carrière ne rigolait pas, les autres recevaient une aumone.. sr’accrochaient ou partaient se vendre dans le privé..
    – les salariés du secteur privé ne rigolent pas non plus, vu le niveau du SMIC et la hausse des prix de l’alimentation, des carburants, des énergies… des loyers..

    -les retraités que nous sommes attendaient aussi.. c’est venu , mais peuvent mieux..
    – puisque nous avons subi de nombreuses altérations de notre couverture sociale, avec par exemple l’instauration du forfait journalier hospitalier mis en place par le gouvernement de Pierrer BEREGOVOY, avec les déremboursements et non prises en charge de certains traitements, notamment en dermatologie, rhumatologie et çà continue avec les nouveaux restes à charge..non pris en charge par les mutuelles..et l’augmentation conséquente de celles-ci..
    – puisqu’on ne compte plus le nombre de délégués syndicaux lourdement sanctionnés, répression syndicale.. y compris d’un inspecteur du travail..

    – puisqu’on est revenu sur des avantages accordés à la Libération, aux mères de famille ayant élevé 3 enfants (les bonifications de pensions accordées lors de la retraite n’étaient pas fiscalisées), depuis quelques années si.. merci à celles qui avaient retroussé leurs manches pour bosser en usine..lorsque les hommes étaient mobilisés ou prisonniers de guerre, ou déportés..

    – il y a incontestablement des quartiers très défavorisés, (courage à ceux qui y vivent) malgré les efforts de certaines municipalités, qui les aide ? qui s’occupe des mômes… qui construit ? qui tente d’améliorer ? qui détourne pudiquement les yeux ?

    – puisqu’on ferme des classes dans les écoles élémentaires, sans concertation, sans respect des enseignants, ni des familles.. (ex : 14 annoncées dans le département de l’Allier..) non remplacement de profs malades par ailleurs, et apparemment désamour des étudiants pour faire carrière… comme à l’hôpital aujurd’hui.. ou dans les services à domicile pour personnes âgées..

    Nous avons le droit d’espérer mieux pour nos enfants, compte tenu de ce qui précède et de l’environnement menaçant pour notre sécurité. J’espère que nous serons capables de séparer le bon grain de l’ivraie.

    • Libres jugements 20/02/2024 / 10h52

      Merci Danielle pour ce complément d’information nécessaire à la compréhension des arguments avancés par Patrick le Hyaric.
      Malheureusement force est de constater que beaucoup de personnes — hors les agents du service public — ne pense qu’à leur personne, sans vouloir comprendre que c’est la masse solidaire qui pourra acquérir des solutions en faveur de la classe des plus démunis, jusqu’à la classe des petits cadres.
      Amitiés. Michel

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