Nouvelles agitations de Fesneau – FNSEA

Après les cadeaux du gouvernement, les tracteurs de la FNSEA ont été les premiers à rentrer à la ferme.

La récompense ne devrait pas tarder : Gabriel Attal a, sur son bureau de Premier ministre, un projet de décret qui va renforcer l’hégémonie du premier syndicat agricole, chantre du productivisme.

Le document en question, qui fixe une nouvelle règle de répartition de l’argent public alloué aux syndicats, est prêt depuis décembre. Et il n’y en aura pas pour tout le monde !

Le décret entrera en vigueur pile-poil dans un an, au lendemain des prochaines élections professionnelles. Un scrutin à un tour avec une prime, en nombre d’élus, à l’organisation arrivée en tête.

Jusqu’en 2013, l’argent public était réparti de la manière suivante : la moitié en fonction des voix recueillies, l’autre selon le nombre d’élus. A ce petit jeu-là, la FNSEA raflait la mise à tous les coups. Pour rééquilibrer un peu les choses, Stéphane Le Foll, le ministre de l’Agriculture du président Hollande, avait fixé la clé de répartition à 75 %-25 %.

Le chouchou du ministre

Pour les trois syndicats minoritaires qui défendent les intérêts des petits paysans, c’était une aubaine. La Coordination rurale (CR), la Confédération paysanne et le Modef récupéraient à la fois plus d’élus et plus de pognon. Une avancée démocratique jamais digérée par la Fédé, pilotée par les céréaliers et les grosses coopératives agricoles.

Avec l’arrivée de Fesneau à l’Agriculture en 2022, la FNSEA a retrouvé le gîte et le couvert rue de Varenne, et obtenu que le ministre rédige un décret aux petits oignons la ramenant plus de dix ans en arrière.

A ce tarif-là, les dirigeants du syndicat n’avaient pas prévu de sortir les tracteurs contre le ministre. C’est la Coordination rurale qui a lancé la jacquerie et obligé la FNSEA à suivre en traînant des sabots. En sortant les fourches la première, la CR espérait engranger un maximum de voix aux élections de janvier prochain. Ce n’est pas encore gagné…

Pendant toute la durée de la crise, l’exécutif a pris soin de ménager son chouchou syndical.

Dans les réunions départementales, les préfets avaient pour consigne de recevoir en tête à tête les représentants de la FNSEA et, surtout, d’y aller mollo sur les barrages avec leurs adhérents.

Cette bienveillance remonte jusqu’au Château (« Marianne », 1/2). Arnaud Rousseau, l’actuel président du syndicat, dirige Avril, un géant de l’agroalimentaire qui affiche 9 milliards de chiffres d’affaires et emploie 7 300 salariés.

Un groupe que Macron en personne conseillait lorsqu’il était banquier d’affaires chez Rothschild.

Toujours une histoire de blé…


Article signé des initiales D. H. et C. L. Le Canard enchaîné. 07/02/2024


2 réflexions sur “Nouvelles agitations de Fesneau – FNSEA

  1. bernarddominik 14/02/2024 / 9h39

    L’appétit vient en mangeant.

    • Libres jugements 14/02/2024 / 11h32

      Je comprends Bernard, le sens de ton commentaire.
      Toutefois il peut s’entendre dans deux sens : le gouvernement relâchant un peu de lest à gouverner des gourmandises, un espace appelant à demander toujours plus.
      Dans le même temps, il peut vouloir dire : « voyez qu’il ne faut pas céder aux exigences de la rue ».

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