CHÂTEAU GAILLARD

Au bord de la Seine, en Normandie, sur un éperon rocheux, se dressent les ruines d’une forteresse médiévale.

Elle a été bâtie entre 1197 et 1198 par Richard Cœur de Lion, roi d’Angleterre et duc de Normandie, afin de protéger son domaine des prétentions du roi de France, Philippe Auguste. Son plan est innovant, similaire à celui du château médiéval de la Roche-Fouet, situé à une trentaine de kilomètres.

Il est organisé en plusieurs volumes indépendants ou imbriqués, de sorte à multiplier les obstacles en cas d’assaut. Le donjon, une tour circulaire, est situé dans une haute-cour, limitée par une enceinte que sécurise un fossé extérieur.

L’ensemble se trouve dans une seconde cour, également entourée d’un fossé et ceinte d’un rempart. Un ouvrage avancé défensif, qui n’est relié au château que par un pont mobile, renforce la sécurité du bâtiment du côté du plateau. Le tout est entouré de fossés.

En 1199, Richard meurt.

Philippe Auguste entend bien reprendre à son successeur, Jean sans Terre, les terres qu’il occupe sur le continent. Il mène le siège de Château-Gaillard à partir de septembre 1203 et organise un blocus afin d’affamer les occupants. Pour résister le plus longtemps possible, le gouverneur Roger de Lacy fait expulser les civils qui avaient trouvé refuge dans la forteresse réputée imprenable et étaient autant de « bouches inutiles ».

Stratégiquement, il est dans l’intérêt de Philippe Auguste qu’ils retournent à l’intérieur des murs, donc il les refoule. Mais les portes leur restent fermées et ils demeurent dans les fossés pendant de longs mois d’hiver, en proie à la famine. Nombre d’entre eux succombent.

Les Français s’attaquent également au bâti, tentant d’escalader les murailles de la première enceinte, d’y percer des brèches. Ils parviennent à accéder au bâtiment grâce à une imprudence de Jean sans Terre.

Avant le siège, le roi d’Angleterre a fait construire une chapelle le long de l’enceinte. Le rez-de-chaussée sert de cellier. Les fenêtres, trop basses, offrent un accès idéal aux troupes de Philippe Auguste qui ne sont donc pas entrées par les latrines, comme le dit la légende !

L’accès à la partie centrale est également le fait d’une erreur d’architecture puisque le fossé qui y conduit est enjambé par un pont fixe, en pierre.

Le 6 mars 1204, c’est la victoire sur Château-Gaillard. En juin, le duché de Normandie revient à la France.

En 1418, la forteresse est de nouveau assiégée, par les Anglais cette fois.

Fin 1419, ils sont victorieux parce que les Français sont à court d’eau. En effet, la dernière corde qui leur permet d’en puiser s’est rompue. Le site stratégique passe ensuite aux mains de l’un ou l’autre camp au gré des combats. Il est repris définitivement par Charles VII en 1449.

La solide bâtisse est également célèbre pour avoir retenu dans ses murs des prisonniers de haute extraction comme Marguerite et Blanche de Bourgogne, belles-filles de Philippe le Bel, épouses de Louis le Hutin et Charles IV.

En effet, tout comme leur autre belle-sœur, Jeanne II de Bourgogne, les jeunes femmes avaient été convaincues d’adultère. La découverte de leur relation avec Philippe et Gauthier d’Aunay, connue comme « l’affaire de la tour de Nesle », fait scandale.

Les deux reines sont écrouées en 1314.

Marguerite meurt un an plus tard dans sa cellule. Il a été dit que son époux aurait commandité son assassinat, mais des théories plus récentes supposent qu’elle aurait succombé à la tuberculose.

Blanche, quant à elle, demeure prisonnière pendant dix ans. Son mariage est annulé en 1322. En 1324, alors âgée de vingt-huit ans, elle se retire à l’abbaye de Maubuisson où elle décède deux ans plus tard, sa santé ayant également été éprouvée par les traitements subis dans la forteresse normande.

Ironie du sort, le petit-fils de Marguerite de Bourgogne et Louis X le Hutin, Charles II de Navarre dit le Mauvais, comte d’Évreux, fait également partie des détenus du château. Peu après avoir fait assassiner le favori du roi Jean le Bon en 1354, il fait alliance avec les Anglais.

En 1356, quatre de ses gens sont décapités à Rouen, lui est arrêté et placé en détention à Château. Gaillard, avant d’être transféré au Louvre, puis au château d’Arleux et finalement libéré en 1357.

Au XVIe siècle, la région est encore le lieu d’affrontements, entre la Ligue catholique et Henri IV cette fois, et Château Gaillard est au cœur des combats.

En 1595, les États de Normandie demandent la destruction du château pour éviter qu’il ne tombe de nouveau aux mains de rebelles. C’est chose faite en 1603 : Henri IV fait détruire les tours, mais il épargne k donjon. Les matériaux sont donnés aux Capucins du Grand. Andely et à l’ordre de saint François du Petit-Andely pour le : réparations de leurs bâtiments.

En 2020, un passionné de reconstitution de monument : historiques, Jacques Martel, parvient à restituer virtuellement le bâtiment du XIIe siècle en 3D, permettant ainsi de mieux com prendre l’aspect originel des lieux dont les ruines conservent toutefois la mémoire de pierre.


Frédérique Manfrin. Chloé Perrot. Recueil : « Fantôme de Pierre ». Éd. BNF


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