Macron tergiverse sur le droit à mourir… Est-ce pour ne pas heurter certains médecins ou/et les cultes ?
C’est un courrier signé de la main d’Emmanuel Macron, adressé le 25 octobre à Jean-Luc Romero, président d’honneur de l’Association pour le Droit à Mourir dans la Dignité (ADMD). « Un projet de loi sur la fin de vie sera présenté en décembre prochain », lui assure le chef de l’État, ou plutôt le rassure.
Car depuis plusieurs semaines, les militants pro-euthanasie se désespèrent de voir un texte sortir des cartons de l’exécutif Après avoir lui-même lancé une convention citoyenne il y a déjà quinze mois, le président de la République temporise.
Le 3 avril 2023, à l’issue des travaux de cette convention, qui s’est prononcée à 76 % en faveur de l’ouverture de l’aide active à mourir, il avait demandé à son gouvernement de lui remettre un projet de loi « d’ici à la fin de l’été ».
Le texte est bien arrivé sur son bureau en septembre, mais depuis, c’est silence radio. Sa présentation, initialement programmée trois semaines après la rentrée, a d’abord été repoussée pour ne pas froisser le pape François, en visite à Marseille les 22 et 23 septembre dernier. Puis supplantée par l’actualité internationale et l’attaque du 7 octobre perpétrée par le Hamas. Le 14 novembre, c’est une ultime réunion d’arbitrage prévue à l’Élysée qui a été reportée sine die en raison des inondations dans le Pas-de-Calais…
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Cruel dilemme
[…] Cruel dilemme pour le président du « en même temps », qui doit jongler entre l’opposition féroce de la puissante Société française d’Accompagnement et de Soins palliatifs (Sfap), qui fédère les professionnels du secteur les plus conservateurs, et les appels insistants au changement, à l’instar de cette tribune signée dans « le Monde », en février dernier, par 500 soignants clamant « haut et fort que l’aide médicale à mourir est un soin ».
« Comme beaucoup de responsables politiques, il connaît mal le sujet, assure Denis Labayle, ancien hospitalier récemment invité à un dîner à l’Élysée, pour son livre « le Médecin, la Liberté et la Mort » (Plon). Alors, il se laisse influencer par une bande de docteurs qui gravitent autour de lui, tous hostiles à l’euthanasie. » Et de citer le professeur d’éthique Emmanuel Hirsch, l’ex-député LR Jean Leonetti ou encore Jean-François Delfraissy, le président du Comité consultatif national d’Éthique.
Plus près encore de lui, son plus fidèle allié politique, le très catholique François Bayrou, milite dans le même sens. Mais pas Brigitte Macron, convaincue par la chanteuse et intime du couple présidentiel Line Renaud du bien-fondé de son combat pour le droit de mourir dans la dignité. Parfois, la première dame prend la peine de rassurer elle-même ceux qui s’inquiètent de ne voir aucun texte aboutit
Cette méconnaissance, Emmanuel Macron l’a reconnue à la rentrée 2022, devant le cénacle de la presse présidentielle. Répétant que « le sujet est tout sauf facile et simple », il fait cet aveu : « J’ai besoin d’une convention citoyenne pour qu’elle m’éclaire. J’ai besoin aussi de concerter beaucoup. » Puis d’admettre quelques mois plus tard : « J’ai en la matière une opinion personnelle qui peut évoluer, évolue, évoluera, qui le sait ? »
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Un texte scindé
[…] Les mots « euthanasie » et de « suicide assisté » trop abrupts à ses yeux, le heurtent. Dans le projet de loi, il devrait plutôt être question d’« aide active à mourir » ou de « mort choisie ». Et l’on s’interroge autant sur la forme du texte que sur son contenu et les conditions d’éligibilité encore à déterminer.
Il vaut mieux un projet de loi peu ambitieux, enrichi ensuite par le Parlement, pour ne pas focaliser les oppositions sur sa personne ? Après avoir songé à soumettre le texte à référendum, avant d’y renoncer, le chef de l’État réfléchit également à le scinder en deux, avec l’aide active à mourir d’un côté et les soins palliatifs de l’autre, ainsi que le réclament les anti-euthanasie.
Des hésitations politiques qui ralentissent d’autant le processus de décision.
[…] D’après un très long article signé par Julien Martin et Henri Rouillier. Obs N° 3088. 07/12/2023
J’ai entendu dire que c’était Brigitte Macron, ex professeur dans l’enseignement catholique, qui est totalement opposée à cette loi, car elle ne plairait pas aux évêques. La calotte a trouvé une défenderesse du parti calottin.
Dire que l’euthanasie est autorisée en Belgique depuis 2002, et nombre de Français.es viennent chez nous pour la demander.
Que ceux qui y sont opposés n’y recourent pas, mais qu’ils laissent à tous les autres le choix d’une mort digne.