Ados en Danger

Après les vieux maltraités dans des Ehpad, un coup de zoom sur les douceurs vécues par les ados délaissés de l’Aide sociale à l’enfance (ASE) ?

Le parquet de Chartres a confirmé au « Canard » avoir ouvert une enquête préliminaire pour « privation de soins, mise en danger de la vie d’autrui et détournement de fonds

publics » au sujet d’une structure privée à laquelle plusieurs départements délèguent ce service à l’enfance.

Cette structure, l’IASS (pour « Intervention d’action sociale et solidaire »), s’occupe de plusieurs dizaines de jeunes. Un petit acteur au regard des 320 000 « cas complexes » traités en France. Mais qui témoigne du laisser-aller dont font parfois preuve les collectivités à leur égard. Fondatrice de l’IASS, Eugénie Ngita, ancienne éducatrice de la protection judiciaire de la jeunesse, dirige, depuis 2017, 14 boîtes, dont 4 sociétés civiles immobilières. Les enquêteurs s’interrogent sur le confortable patrimoine de cette dame qui n’a pas donné suite aux sollicitations du « Canard » – et sur l’utilisation des sommes versées par les départements pour les ados. Chacun d’eux « coûte », en moyenne, 380 euros par jour. Ce n’est pourtant pas la vie de palace…

Après une perquisition au domicile de Ngita, dans l’Essonne, début décembre, et des descentes simultanées dans plusieurs établissements gérés par l’IASS, un rapport a été établi, que le Palmipède a pu consulter. Il dénonce « de nombreuses carences et négligences » dans l’accompagnement des enfants, leurs conditions d’accueil et leur prise en charge éducative.

Départements désinvoltes

A l’occasion, ces manquements « se transforment en mise en danger de la vie d’autrui » deux gamines se sont ainsi retrouvées en réa après avoir boulotté le contenu de piluliers de médocs en accès libre, une autre s’est prostituée ; un éducateur a mis à la rue un ado à la suite d’ « une altercation » ; un autre adulte a tenté d’étrangler l’un de ses « pensionnaires », etc. Bienvenue dans le monde de l’adolescence en danger…

La préfecture d’Eure-et-Loir et le conseil départemental ont décrété la fermeture administrative immédiate de l’IASS (« L’Echo républicain », 2/12). Dès avril, comme en témoignent des mails, les services de l’Aide sociale à l’enfance avaient alerté leurs homologues de la Nièvre, des Deux-Sèvres et de la Gironde que « leurs » enfants confiés à cette société étaient placés dans une structure qui ne bénéficiait d’aucun agrément. Le 12 octobre, le service de psychiatrie infanto-juvénile de l’hôpital de Chartres avait fait part à l’ASE de ses « inquiétudes » face à « une prise en charge dysfonctionnelle ». Puis, le 19 octobre, l’académie d’Orléans faisait état d’« un grave défaut de scolarisation ».

Pénurie de foyers d’accueil

Eugénie Ngita risque d’être bientôt entendue par les enquêteurs. Elle connaît la chanson… Le 1er février 2018, pour des faits similaires dans le département des Yvelines, elle assurait « [ne pas savoir] qu’il fallait un agrément » pour accueillir des mouflets en – parfois grande difficulté. Pour arguer de sa « bonne foi », elle faisait remarquer que les services de l’ASE continuaient de lui adresser des gamins. Plusieurs responsables départementaux de la protection de l’enfance en danger le reconnaissent en effet : « Il n’existe pas assez de structures d’accueil médico-social et sanitaire. Quand l’une d’entre elles ouvre, nous sommes contents de la trouver. »

Et, chaque fois, on prend les mômes et on recommence…


Didier Hassoux. Le Canard enchaîné. 14/12/1022


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