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Nous avons longuement hésité avant de relayer cet édito, compte tenu des événements récents qui se sont passés, ce nouvel attentat en plein Paris, dans la même rue où, en 2015, des fanatiques pénétrants dans les bureaux de Charlie hebdo ont massacré, au nom d’une religion des personnes et leurs droits de s’exprimer. Nous avons hésité, non pas parce que nous ne sommes pas en phase avec cette notion si souvent bafouée de liberté, mais uniquement parce que nous ne savons pas encore, exactement les motivations réelles de l’assaillant. MC

Édito

Chaque semaine passée au tribunal de Paris nous en apprend un peu plus sur les attentats de janvier 2015. On ressort de chaque audience, lessivé.

Après toutes les épreuves qu’il a fallu traverser, après tous ces témoignages tragiques et terrifiants, on se demande s’il nous restera encore un peu d’énergie pour continuer à nous battre pour nos idées. Le chaos du monde, la fragmentation de ta société, le repli sur soi nous font perdre de vue qu’il subsiste encore des émotions qui nous unissent.

Aucune société humaine ne peut tenir debout sans un pacte commun minimal qui rappelle que l’humanité est une et indivisible.

[…] Les menaces contre Charlie Hebdo se sont aggravées depuis la republication des caricatures de Mahomet à l’occasion du procès des attentats de janvier [NOTE – texte écrit avant l’attentat sur 2 personnes dans la rue qui hébergea en son temps, les bureaux de Charlie Hebdo, lieu de la tuerie en 2015].

C’est un sentiment non pas de peur mais de révolte qui s’empare de nous, car la multiplication des menaces de mort dès qu’on exprime ses opinions devient absolument intolérable. Il ne s’agit pas de répéter le mouvement « Je suis Charlie » du 11 janvier 2015, car on ne reproduit pas un événement unique, mais de riposter à toutes ces intentions criminelles qui veulent mutiler notre liberté en l’amputant de ses membres, un à un, comme le font les enfants sadiques qui prennent plaisir à arracher les pattes des mouches qu’ils ont capturées : liberté de pensée, liberté de s’exprimer, liberté de ne pas être d’accord, liberté de dénoncer, liberté de créer, liberté de rire. Avec la même détermination doit être dénoncée cette culture de la violence qui prospère sur les réseaux sociaux et dont les victimes peuvent être n’importe quel citoyen, désigné comme cible à abattre par la vindicte populacière.

Mais pour que la lutte contre cette violence fanatique ait une chance de triompher, il faut d’abord se compter.

C’est pour cette raison que cet appel a été lancé par des médias aux lignes éditoriales différentes, parfois antagonistes, mais qui ont su se réunir autour d’une valeur partagée par des milliards d’êtres humains dans le monde : la Liberté.

Ce mot possède une puissance, une force irrésistible et inégalée. Et on prend conscience qu’on ne le prononce pas assez souvent. Qu’on ne le crie pas suffisamment fort. Liberté. Il est temps de se réapproprier ce mot magique capable de métamorphoser les plus timides en insurgés et d’affranchir les plus faibles de la peur qui les enchaîne. Il est temps de cesser de défendre la Liberté comme une forteresse assiégée, mais de lui redonner toute notre confiance pour qu’elle retrouve son esprit conquérant. Seule notre passion pour elle tiendra en échec le fanatisme des serviles et la lâcheté de leurs complices.

Chacun d’entre nous, là où il se trouve, doit reprendre espoir en elle et lui redonner toute sa force en affirmant ses convictions, sans honte et sans crainte. La Liberté est toujours le fruit d’une lutte, jamais un présent qu’on nous fait.

La loi qui encadre la liberté d’expression ne doit pas être perçue comme un carcan mais, au contraire, comme une alliée qui autorise une amplitude d’opinions trop souvent ignorée des citoyens.

Dans l’histoire de l’humanité, notre époque est probablement celle ou le niveau de liberté n’a jamais été aussi élevé. Et nous laissons ce trésor dépérir sous nos yeux sans rien tenter pour le sauver et nous sauver nous-mêmes.

Le temps du doute doit disparaître : malgré les peines, les souffrances et la violence, c’est la Liberté, une fois encore, qui aura le dernier mot.


Édito de RISS – Charlie Hebdo – 23/09/2020