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Derrière l’annonce par Macron, dimanche à la télé, que l’Etat avait mobilisé « près de 500 milliards d’euros pour notre économie », se cachent une bonne et une mauvaise nouvelle.

  • La bonne, d’abord : une partie de ce chiffre (« inédit », a souligné le Président) est constituée d’avances qui pourraient, si tout va bien, être récupérées.
  • La mauvaise, ensuite : le pactole cache une ardoise supplémentaire d’au moins 200 milliards…

Exemple de ces dépenses qui n’en sont pas vraiment :

  • Dans le plan de 15 milliards de soutien à l’aéronautique annoncé le 9 juin, plus des deux tiers de la somme (10,5 milliards) sont composés d’une simple garantie de l’Etat sur un prêt à Air France qui ne lui coûte rien ; ou d’une avance de trésorerie aux entreprises sur leurs exportations, en principe remboursables.
  • Seuls 3,5 milliards seront sortis des caisses (qui devront notamment servir, d’ici à 2030, à étudier l’avion « décarboné » à hydrogène.
  • Même chose pour le plan automobile de 8 milliards annoncé fin mai. L’essentiel de son montant est un prêt à Renault garanti par l’Etat, lequel ne déboursera qu’un petit milliard de subventions pour les investissements nouveaux.
  • Quant aux primes diverses pour doper les ventes (un autre milliard), elles ne sont pas à fonds perdus : une voiture hybride à 30.000 euros achetée grâce à un bonus de 4.000 euros rapporte… 6.000 euros de TVA à l’Etat !

En résumé : sur les 475 milliards de dépenses décidées depuis trois mois pour soutenir l’économie, on ne compte, selon les chiffres de Bercy, que 12 % de vraies dépenses (le reste consistant en des avances de trésorerie ou en des prêts garantis).

Reste à savoir quelle proportion de ces avances sera effectivement remboursée…

Côté mauvaises nouvelles : 200 milliards de dépenses sont pratiquement inévitables. D’abord, le « plan de relance » de l’économie française, que Macron a annoncé pour cet été. « On ne pourra pas faire aussi bien que les 130 milliards de l’Allemagne, prévoit un conseiller de Le Maire, mais ce ne serait pas sérieux de faire moins de 100 milliards. »

Ensuite, il va falloir financer les 500 milliards de dons européens prônés par Macron et Merkel. Pour déterminer combien recevra chaque pays, un sommet européen tranchera le 19 juin à Bruxelles.

Aux dernières nouvelles, la France devrait verser 140 milliards au fonds et recevoir près de 40 milliards en contrepartie. Coût net pour les finances publiques ? Cent milliards, qu’il faudrait rembourser d’ici à 2058. Ça donne le temps de relancer l’économie…


Hervé Martin. Le Canard enchaîné. 17/06/2020