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[…] Les marques du groupe Renault (Renault, Dacia, Lada, Alpine) et celles de FCA (Fiat, Alfa Romeo, Chrysler, Jeep, Dodge…) ne seront sans doute pas dans le même garage avant un an, le temps que les discussions aboutissent et que tous les obstacles réglementaires soient levés.

Toutefois le deal a toutes les chances de se faire, tant il arrange les affaires des deux groupes. En fusionnant, Renault et FCA donneraient naissance au numéro 3 mondial de l’automobile avec un chiffre d’affaires combiné de 170 milliards d’euros et 8,7 millions de véhicules vendus en 2018, derrière Volkswagen (10,6 millions de véhicules) et Toyota (10,59 millions). Et si d’aventure Nissan et Mitsubishi se joignaient à la fête, le mastodonte multinational ainsi créé serait numéro 1, et de loin, en alignant plus de 15 millions de véhicules vendus.

On n’en est pas encore là. Mais les choses se précisent déjà entre Renault et FCA : la nouvelle entité sera détenue à 50 % par les actionnaires de Renault et 50 % par ceux de FCA. Comme le groupe italien, qui a racheté l’américain Chrysler il y a dix ans, pèse un peu plus lourd en Bourse (17 milliards pour le premier, 15 milliards d’euros pour Renault), les actionnaires de FCA recevront 2,5 milliards d’euros en cash. De quoi combler la famille Agnelli, dont l’héritier John Elkann a personnellement mené les négociations avec le président de Renault, Jean-Dominique Senard. Au final, le premier actionnaire du futur groupe FCA-Renault serait Exor, le holding des Agnelli qui détenait 29 % de Fiat Chrysler et verrait sa part diluée à 14,5 % par la fusion. Jusque-là actionnaire de Renault à hauteur de 15 %, l’État Français, qui s’est dit «favorable» à l’opération, ne détiendrait plus que 7,5 % dans le nouvel ensemble. Le japonais Nissan chuterait lui aussi à 7,5 %.

S’agit-il d’un «mariage entre égaux» ou Renault risque-t-il de se faire avaler par FCA ?

Sur le papier, tout a été prévu pour assurer un équilibre : John Elkann présiderait le futur groupe, mais on retrouverait au volant Jean-Dominique Senard. Un syndicat majoritaire dans « Renault »,  a exigé de l’État français qu’il conserve « une minorité de blocage ». Les 5 milliards d’euros de «synergies» annuelles promises dans le mariage laissent craindre au syndicat de «nouvelles suppressions d’emplois». Paris a donc mis des garde-fous : « Il faut que les conditions dans lesquelles se réalise cette fusion soient favorables au développement économique de Renault et évidemment aux salariés », a posé la porte-parole du gouvernement, Sibeth Ndiaye.

En tout état de cause, Renault et FCA ont intérêt à monter dans la même voiture. Les constructeurs sont tous confrontés à d’énormes investissements pour diminuer leurs émissions de CO2, électrifier leurs gammes et préparer l’arrivée de la voiture «autonome». On parle de 250 milliards d’euros d’ici à 2025. Résultat, la consolidation s’accélère et les poids moyens ont besoin de grandir : PSA Peugeot-Citroën a déjà racheté Opel en 2017 et rêvait aussi de faire alliance avec Fiat Chrysler. Mais Renault et FCA se sont trouvés. Très en retard dans la voiture électrique, FCA a besoin du savoir-faire de Renault-Nissan. […] Tout porte à croire que le français et l’italo-américain vont se retrouver à bord du même attelage, auquel pourraient se joindre à terme Nissan et Mitsubishi. Reste à savoir qui en sortira gagnant : l’histoire de l’automobile a montré que dans ce genre de deal, il y a toujours la place du mort.


Jean-Christophe Féraud. Libération. Titre original : « Fiat-Renault : des fiançailles en quatrième vitesse ». Source (extrait)