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Voilà bien un sujet d’article qui aurait valu bien des réactions il y a encore trois-quatre douzaines de mois, d’autant que c’est le journal « La Croix » qui ouvre ses colonnes a des thèmes a priori impopulaires, mais les temps et mentalités changent. MC

Un sondage de l’Ifop pour « La Croix » et le Forum européen de bioéthique montre une évolution majeure des Français sur les questions de procréation et de fin de vie.

[…] …. Le sondage Ifop réalisé pour La Croix et le Forum européen de bioéthique révèle une opinion publique en apparence très favorable à un changement de la législation sur ces sujets, laissant apparaître un libéralisme assumé en la matière.

La grande majorité des Français souhaiterait ainsi une nouvelle loi sur la fin de vie, et seule une minorité resterait complètement hostile à la gestation pour autrui (GPA). De même, 60 % plaideraient en faveur de l’extension de la procréation médicalement assistée (PMA)… contre 24 % en 1990 !

Comment expliquer une évolution si rapide et si forte, alors qu’il y a encore cinq ans des manifestations fleuves étaient organisées contre le « mariage pour tous » ? « Ces résultats attestent de l’influence très limitée, en réalité, d’un mouvement comme celui de “La manif pour tous”, décrypte le sociologue Alain Mergier. Il n’y avait pas de majorité silencieuse derrière ceux qui sont descendus dans la rue à l’époque. »

  • Le fatalisme peut-il, lui aussi, expliquer cette évolution, de sorte que ce qui était inacceptable il y a trente ans ne le soit plus aujourd’hui ? […]

Signe de l’importance reconnue à la liberté individuelle, cet argument souvent entendu au sujet, par exemple, du « mariage pour tous », de la PMA ou même de l’euthanasie : « Pourquoi ne pas accorder ce nouveau droit puisqu’il ne retire rien à personne ? » Un principe qui découle de l’article 4 de la déclaration des droits de l’homme : « La liberté consiste à pouvoir faire tout ce qui ne nuit pas à autrui. » « Les décisions nous concernant, y compris les plus intimes, impliquent pourtant l’autre. Mais c’est devenu totalement inaudible », déplore la philosophe Danielle Moyse, auteur de Bien naître, bien être, bien mourir. Et de poursuivre : « Prenez le cas du suicide. Qui peut dire qu’un tel passage à l’acte ne concerne que celui qui attente à ses jours ? Cela ébranle évidemment tout son entourage… » […]

  • Si cette tendance individualiste est à l’œuvre depuis longtemps, comment en expliquer la récente montée en puissance ?

[…] Pierre Le Coz. « Nous avons grandi dans une société où tout est possible, où il est possible de personnaliser les services et les produits. Si j’ai le choix quand je fais mes courses, pourquoi ne l’aurais-je pas dans d’autres domaines de ma vie ? Les médecins deviennent ainsi des prestataires de services et l’enfant tend à être transformé en bien de consommation. Le consumérisme a façonné nos esprits. » […]

Psychanalyste, Sophie Marinopoulos fait aussi le constat d’une liberté individuelle devenue toute-puissante. « Nous sommes des êtres autodéterminés, maîtres et possesseurs de nous-mêmes, vivant dans une société où tout est possible et où tout renoncement au moindre désir est devenu inconcevable. Nous entendons donc maîtriser notre vie, notre mort et notre procréation. » […] « Au fond, on ne supporte plus les règles imposées par la nature » […]


Besmond de Senneville Loup, La Croix  – Titre original « Bioéthique, ce qu’en disent les Français », Source (Extrait).