L’Agriculture intensive, malheur de l’exploitant.

Le productivisme agricole est beaucoup critiqué, diriez-vous qu’il est à l’origine de la crise agricole actuelle ?

Cyril Roméro : Effectivement il l’est mais avant tout c’est l’irresponsabilité des personnes qui l’ont mis en place depuis des décennies et qui persistent et signent. Il est plus facile pour ces gens-là de faire croire que la cause de la crise est due aux petites et moyennes exploitations qui ne comprennent pas qu’il faut être toujours plus grand pour survivre.

Dans les pays comme l’Allemagne souvent citée en exemple qui ont déjà des fermes de 1000 vaches on a pu constater une baisse de bénéfices de 35 % en 2015 (Agra presse hebdo, 11/12/2015) et de près de 50% depuis 2014. Il y aura toujours un autre pays pour produire moins cher que le précédent, c’est mentir de faire croire le contraire.

Quelles pistes suivre pour aller vers une agriculture à la fois durable et rémunératrice pour les exploitants agricoles ?

Cyril Roméro : Je n’ai pas de solution magique mais simplement des solutions de bon sens. Des fermes à taille humaine génératrices d’emplois qui participent à la vie des villages, qui préservent l’environnement, qui portent un pan entier de l’économie rurale, qui font ce qu’elles savent faire c’est-à-dire des productions à forte valeur ajoutée.

Ce modèle peut-il répondre au défi démographique mondial ?

Cyril Roméro : C’est un faux problème : nous jetons la moitié de ce que nous produisons, nous sommes bien en plein cœur d’une crise de surproduction mondiale. Ne vaut-il mieux pas produire 5kg de tomates qui prennent le temps de pousser dans la terre et qu’on aura plaisir à manger et qui seront nutritifs pour notre corps plutôt que 10 kg qui n’auront aucun goût ni valeur nutritive avec toute la toxicité qu’on leur aura fait subir pour qu’elles poussent vite et bien rondes pour au final en jeter la moitié ?

Aujourd’hui, c’est ce qui se passe et chacun regrette le temps où elles méritaient l’appellation de tomates en mangeant les 5kg restants.


Cyril Roméro est éleveur dans l’Allier. Il est président de la Fédération nationale de jeunes exploitants familiaux. Propos recueillis par Léo Purguette. Lu dans « Revue du Projet » N°56


 

10 réflexions sur “L’Agriculture intensive, malheur de l’exploitant.

  1. Honorat 05/05/2016 / 9h27

    Je suis partisan de prix garantis soit par un mécanisme comme l’ONIC d’autrefois cad acheter quand les prix sont bas et stocker ou transformer et revendre quand les prix sont élevés pour réguler le marché. Soit un prix plancher avec taxation des prix inférieurs en échange du renoncement aux pesticides. Notre situation au coeur de l’Europe nous permet d’imposer nos choix: actuellement nous payons beaucoup plus que nius recevons nous pouvons demander ce qu’a obtenu Tatcher (money back) . De toute façon en calcullant bien la taxe carbone on peut taxer le porc allemand ou chinois au kilométre parcouru mais aussi imposer des normes qui favorisent les petites fermes qui jouent sur la qualité.

    • Libre jugement - Libres propos 05/05/2016 / 11h14

      Le sujet de cet article est de dénoncer la culture intensive.
      D’autre part je ne suis pas certain –à moins que vous parliez au niveau de l’État– que les agriculteurs reçoivent moins de l’union européenne qu’indirectement ils ne lui paie en taxes diverses.
      Mais en la matière (sur la PAC) je ne suis pas assez informé pour vous répondre.
      Par contre ce qui me soucie c’est le résultat alimentaire des productions intensives. À quel moment, dans combien d’années, fera-t-on le ratio entre consommer de « l’intensive » et l’accentuation des différentes maladies qui se sont développées au cours du siècle dernier et de celui dans lequel nous sommes ?

  2. Lou.p 05/05/2016 / 11h32

    L’agriculture intensive pose les mêmes problèmes à l’être humain que l’élevage intensif aux loups.

  3. fanfan la rêveuse 06/05/2016 / 13h14

    Les agriculteurs ont fait leur malheur eux-même effectivement en voulant gagner plus. Ceci est aussi une démarche nationale, les coopératives agricoles poussant à cela, les services vétérinaires s’imposant. Il y a maintenant 30 ans, il fallait donc se développer intensément et produire énormément.
    Qu’en est-il aujourd’hui ? Nos agriculteurs ont depuis été dans l’obligation de se diversifier (grand poulailler, oeufs en batterie, élevage de porc en batterie etc…), malgré cela aujourd’hui ils tirent la langue…
    Le souci est réel, nous jetons une très grande partie de cette culture, et nous avons un stockage important de denrées (viandes etc), il n’y a pas lieu qu’il y ai une crise alimentaire.
    Mais tout ceci a un prix, le prix de suicides de nos agriculteurs, et de la perte de notre santé (beaucoup de maladies viennent de cette déplorable agriculture) nous consommons tellement de pesticides et de produits chimiques…De plus nous tuons notre Bleue Bleue !
    Il faudrait revenir en arrière mais est-ce encore possible ? !

    • Libre jugement - Libres propos 06/05/2016 / 14h05

      Tout est possible …. mais lorsque je lis un commentaire disant que les assos de villages le regroupement de petits producteurs, ont des prix plus élevés incompatibles avec des petites bourses, cela m’étonne. Certes nous sommes en ruralité et il est plus facile de faire de 5 a 10 km pour trouver des produits de producteurs dont on sait, voit la provenance et je puis assurer de la qualité fraicheur et prix compétitif.

      • fanfan la rêveuse 06/05/2016 / 20h16

        Pour mieux comprendre, et donc ne pas être étonné, il vous faudrait avoir les toutes les données de mon foyer. Je ne peux que vous confirmer encore une fois, que je ne peux me permettre de faire mes courses chez des petits producteurs. Dans mon petit coin de Picardie bien rural, il n’y a pas de regroupement de petits producteurs, ni d’assos de villages, chacun travaillant individuellement dans son coin.
        De ce fait je comprends alors, votre étonnement 😉

        • Libre jugement - Libres propos 07/05/2016 / 10h17

          Françoise, pour avoir des amis habitant un village tout contre Amiens (Dreuil les Amiens), y avoir passé quelques journées sur différentes années, je comprends un peu mieux le problème rencontré.
          Je connais les difficultés économiques de cette région avec d’un côté beaucoup de personnes en difficulté résultat de la fermeture de nombreuses usines et d’autres, très peu mais existants, des propriétaires terriens se permettant d’étaler des biens à la limite de l’indécence, se moquant bien des problèmes terre-à-terre de l’alimentation de la ménagère. Le type de culture exploitée dans cette région est plutôt de type céréalier.
          Ce n’est pas pour rien qu’a été implanté la « ferme de 1000 vaches » (toujours pas réellement en service) lors de notre dernier passage en juin 2015.
          Pour en terminer avec les différences existant dans la ruralité, les parcelles cultivables dans la région picarde ce compte en hectares, celle de ma ruralité ardéchoise en ares n’occupant qu’environ le quart du département le reste étend soit des Landes incultivables soit des zones boisées, d’où bien évidemment des exploitations différentes du sol.

          • fanfan la rêveuse 07/05/2016 / 15h05

            Je vois que vous connaissez bien, le type d’agriculture de ma région (je vis à 35 kms d’Amiens). Il n’y a plus rien a ajouté, je sais maintenant que vous comprenez. Je vous remercie pour votre capacité à vous enrichir de la vie des autres et plus encore pour votre ouverture d’esprit.
            Bonne après-midi à vous !

            • Libre jugement - Libres propos 07/05/2016 / 15h50

              Voilà bien la raison d’échanges pour se comprendre et partager. Chaque individu a ses problèmes particuliers certes mais en piochant un peu, il y a bon nombre de point commun a resoudre. Amitié

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