Questions à Philippe Bailly Président de NPA Conseil, structure d’expertise au service de la transformation numérique des acteurs des médias
Est-on en train d’assister à une absorption de la télévision par internet ?
« Il y a à peu près 15 % des Français qui ne reçoivent la TNT qu’à travers l’antenne râteau sur le toit. Lès 85 autres pour cent la reçoivent par des box connectées. Donc la TNT vit effectivement dans un monde audiovisuel qui est de plus en plus digital et l’audience se fait de plus en plus à partir des box. »
Avec le changement des habitudes de consommation, est-ce que la télévision linéaire va s’effacer au profit des programmes à la demande ?
« Certes cela pèse moins, mais ce n’est pas la fin. D’abord il y a certains types de programmes, comme l’information ou le sport qui se regardent avant tout en direct. Sur les autres types de programme il y a de plus en plus un poids de la consommation qui se fait à la demande parce que ça permet de choisir le moment où l’on veut regarder sans être obligé de respecter une grille. Les chaînes de télévision font encore 90 % de leur audience en linéaire. Sur les films et les séries, c’est plus faible, mais environ 75 % de la consommation de cinéma sur les chaînes classiques se fait aussi en linéaire. Le fait de rentrer chez soi le soir, de regarder ce qu’il y a à la télévision et de se mettre devant un programme cela reste quelque chose d’ancré quand on prend la moyenne de la population. Certes, c’est un usage plus répandu chez les personnes de 65 ans que chez les personnes de 25 ans mais malgré tout ces pratiques survivent, à savoir le fait de ne pas vouloir se prendre la tête, de se mettre devant la télé allumée et de changer de programme avec les touches + ou – ».
L’écran de télévision sert-il toujours autant à regarder la télévision classique ?
« Si vous prenez le temps de visionnage sur l’écran de télévision, environ 15 % de ce temps est consacré à des plateformes payantes comme Netflix, Amazon ou Disney +, 10% à YouTube et à peu près 75 % aux programmes de télévision. Dans nos prévisions, nous serons sans doute plutôt sur une fourchette de 65/70 % dans cinq ou six ans. Par ailleurs le pourcentage de personnes qui n’ont pas de téléviseur n’a pas autant augmenté que cela : on est passé de 6-7% à 10% en 10 ans ».
Est-ce qu’on arrive à se projeter sur la pérennité du modèle économique de la TNT ?
« C’est la question à un million de dollars à laquelle tout le monde voudrait avoir une réponse. Dire qu’il y aura davantage de consommation à la demande, tout le monde est d’accord. Dire qu’il restera de la consommation en direct, tout le monde est d’accord. Il ne s’agit pas seulement de connaître les grandes directions mais (de savoir) quelles proportions elles vont prendre et à quel rythme ça va aller. Les revenus publicitaires sont pour l’instant relativement stables depuis dix ans, on les estime à 3,5 milliards d’euros.
La loi française prévoit que la TNT soit accessible jusqu’en 2030. À quoi doit-on s’attendre pour la suite ?
« Vous avez raison, la « garantie » ne vaut formellement que jusqu’en 2030. Mais il est déjà certain que la TNT durera au moins jusqu’en 2035 puisque les nouvelles autorisations de diffusions qu’a délivrées l’Arcom courent sur dix ans. »
Propos recueillis par Théo Meunier. Le Dauphiné.06/06/2025