Louvre et sa gestion.

L’institution à pris de face l’enquête de la Cour des comptes, pointant notamment des retards endémiques de modernisation, des choix financiers discutables.

Moins d’un mois après le vol des bijoux impériaux, la Cour des comptes présente un rapport critique sur le plus grand musée du monde.
Bien que l’enquête ait été prévue de longue date, sa sortie a été avancée, rendant la lecture de ce rapport de 153 pages d’autant plus pertinente face aux faiblesses du musée révélées par le vol. Le traumatisme national est toujours présent, et le rapport de la Cour des comptes, bien qu’il ne couvre que l’exercice 2018-2024, ravive les inquiétudes, comme l’a noté la présidente du Louvre.

On ne trouve aucune mention dans le rapport, des mots « vol » ou « cambriolage », mais de nombreux termes comme « investissements » et « sous-investissements ».

La lecture met en évidence la gestion inégale du musée, entre rapidité ou lenteur, prestige ou économie.

Le rapport critique aussi les retards dans la modernisation des équipements, certains datant de la construction du Grand Louvre il y a trente ans, rendant nécessaire leur remplacement.

Retards sur la restauration et l’entretien

Le musée du Louvre, subit une dégradation de ses infrastructures face à une fréquentation croissante.

Malgré des retards de plus de vingt ans dans les travaux de restauration, l’établissement s’est engagé dans des projets moins essentiels, comme le démantèlement de salles récentes.

Les pratiques d’acquisition en question

Entre 2018 et 2024, le musée dépense 86,2 M€ pour l’entretien et la restauration, tout en investissant 63,5 M€ dans des rénovations et 105,4 M€ dans l’acquisition d’œuvres.

Vidéosurveillance à la carte

Le cambriolage du Louvre montre un « signal d’alarme assourdissant » concernant le manque d’investissement en sécurité, a déclaré Pierre Moscovici, président de la Cour des comptes.

Canalisations et protection incendie à entretenir

Le rapport souligne la fermeture de deux salles du musée Capodimonte en 2023-2024 en raison de fuites d’eau, tout en notant que la mise aux normes du système de protection incendie, entamée en 2010, est incomplète. Un audit de 2015 a révélé des lacunes dans la sécurité du musée et a proposé des solutions, mais n’a pas été suivi d’action concrète. Le Louvre doit améliorer sa sécurité de manière significative, avec une mise en œuvre nécessaire pour 2025-2026, alors que des cambriolages ont déjà eu lieu.

On dit merci qui ? Abu Dhabi

Avec quels financements ? Le musée n’est pas dans le rouge, loin de là, détaillent les rapporteurs. Son modèle économique repose largement sur ses recettes de billetterie (124,5 M€ en 2024) et de mécénat (20 M€), à quoi s’ajoute la manne d’Abu Dhabi, qui fait bien des envieux. Il y a de quoi. Les licences de marque du Louvre Abu Dhabi et les versements annuels effectués par son fonds de dotation cumulent à environ 10 M€ par an. Le contrat passé avec les partenaires émiratis en 2007 est toujours aussi rémunérateur, détaille la Cour des comptes (qui a par ailleurs réalisé un rapport sur le Fonds de dotation du Louvre Abu Dhabi ainsi que sur les Amis du Louvre). Pour l’utilisation du nom « Louvre », Abu Dhabi a d’abord réglé 400 M€ hors indexation pour une période de trente ans (2007-2037), puis 165 M€ pour une prolongation du contrat jusqu’en 2047. Sommes versées au Fonds de dotation du musée, qui ne touche pas le capital mais ses intérêts, sauf exception car c’est possible « avec l’aval de ses tutelles », précise le rapport.

Malgré cette manne, le musée peut se montrer frileux à sortir le porte-monnaie, préférant attendre des subventions publiques alors qu’il ne devrait « pas compter sur plus d’aide de l’État », explique clairement la Cour, soulignant sèchement que « le musée dispose de ressources propres abondantes qu’il devrait mobiliser de façon prioritaire pour réaliser [ses] travaux urgents, sans attendre de l’État des financements complémentaires ». Revenu à l’équilibre après avoir été fragilisé par la crise sanitaire mais engagé dans de nombreux chantiers peu coordonnés, le mastodonte se retrouve aujourd’hui face à un « mur d’investissements » qu’il n’est pas en mesure de financer en totalité, assènent les rapporteurs. Il lui faut, « dès lors, se mettre en situation de circonscrire davantage ses projets prioritaires, d’y affecter les ressources propres dont il dispose, et s’engager résolument, pour le reste, dans une démarche de maîtrise de ses dépenses ». 


Sophie Cachon. Télérama du 06/11/2025 – Synthèse – Source


Une réflexion sur “Louvre et sa gestion.

  1. bernarddominik 22/11/2025 / 18h58

    Télérama oublie l’aménagement d’une salle à manger pour les cadres, car madame la directrice ne veut pas manger avec les employés . Quelques millions.

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